La palette à fard est présente en Égypte dès l’émergence des premières cultures néolithiques et sa vogue traversera les millénaires, avec des formes et une ornementation qui évolueront au fil du temps. Généralement associées au mobilier funéraire d’une sépulture, ces palettes faisaient partie de l’équipement personnel d’un défunt et leur silhouette dessinait volontiers l’image d’une tortue, d’un poisson ou d’un quadrupède.
Toutefois, l’exemplaire présenté ici relève d’un registre iconographique différent : cet artefact bipenné montre un faciès humain, avec deux cavités pour les yeux, un nez plat et une bouche ouverte. Cette effigie rappelle, d’une part, celle d’une idole d’argile, découverte sur le site de Mérimdé, en Basse Égypte [1] ; mais également les masques funéraires en terre cuite provenant de Hiérakonpolis [2].
L’absence de barbe dans cette ébauche de visage, tout comme sur la tête de Mérimdé, suggère un archaïsme de traitement qui place ces représentations humaines parmi les plus anciennes actuellement connues, en provenance de la vallée du Nil.
Enfin, la forme allongée de cette palette, avec ses longs côtés convexes, ses extrémités à bords concaves et son épaisseur considérable (2,7 centimètres), rappelle l’aspect des objets de toilette en provenance des nécropoles de Badari et de Mostagedda, en Moyenne Égypte [3]. L’ensemble de ces indices typologiques invite donc à situer chronologiquement cette palette au carrefour des cultures mérimdienne et badarienne, vers 4500 ans avant J.-C.
Publ. : Butor et Valloggia 1990, p. 105 et 130.