Ce fragment de relief provient vraisemblablement de la chapelle funéraire d’un mastaba memphite. La composition du tableau, à l’intérieur d’un cadre matérialisé par une bande verticale, conservée sur la droite du panneau, et une ligne de sol, destinée au registre situé au-dessus de deux personnages, autorise un positionnement relativement précis du fragment dans l’ensemble d’une paroi.
Généralement, le mur occidental d’une chapelle de cette époque est occupé par des stèles fausses-portes, elles-mêmes encadrées de montants et de linteaux. Vers chaque stèle se dirige un cortège de porteurs d’offrandes, mais, compte tenu de la largeur restreinte de ces montants, la procession des personnages est fractionnée et répartie, par groupe de deux porteurs, sur plusieurs registres.
La scène illustre deux attitudes peu fréquentes dans le répertoire des théories de porteurs. Effectivement, dans la majorité des cas, ce sont des femmes qui sont représentées avec un couffin ou un panier sur la tête ; les hommes, en revanche, tiennent volontiers leurs offrandes sur l’épaule. L’image du personnage de droite est cependant conforme à la tradition : l’homme s’avance en tenant d’une main son couffin d’offrandes, tandis que son bras gauche tombe naturellement le long de son corps.
En revanche, l’attitude du second personnage ne laisse pas de surprendre. Un volumineux panier garni de cruches à bière, avec leur bouchon, est simplement posé sur la tête de l’homme, qui, de surcroît, porte une volaille sur le bras droit et tient une gerbe de lotus dans la main gauche ! La manière de tenir le canard est également curieuse : en général, le bras antérieur du porteur est rabattu sur le corps de l’oiseau pour le retenir, ou alors le bras arrière retient les pattes de l’animal… Ici, le traitement de la scène manque manifestement de réalisme ! Néanmoins, l’iconographie du tableau, dans les détails de son exécution, s’accorde avec le type de relief levé des Ve-VIe dynasties [1].
Publ. : Zimmermann 1991, p. 44-45.
[1] Bibliographie : Pour des exemples voisins, cf. Van de Walle 1978, p. 28 et pl. IV, et les reliefs du temple solaire de Niouserrê (cf. D. Arnold, in cat. exp. Paris et Toronto 1999-2000, p. 281-285).