Poignée de ciste

Poignée de ciste

Trois figurines formant un groupe, qui représente le transport d’un guerrier. Son corps raidi se trouve à l’horizontale, mais de face, pour que l’on puisse contempler sa puissante musculature qu’aucun vêtement ne dissimule. Ses jambes sont étendues, son bras gauche repose sur la cuisse correspondante, tandis que l’autre, au lieu de pendre, est ramené autour de la tête, en un geste d’abandon signifiant dans ce cas l’agonie ou la mort, deux états qui s’accordent avec les yeux clos.

De son armement, il ne reste rien, sinon l’épée que l’on voit dans le poing du porteur de gauche. On comprend que le guerrier, bien que sans blessure apparente, est tombé sous les coups de l’ennemi et que maintenant, sous nos yeux, on l’évacue du champ de bataille pour lui rendre les honneurs funèbres. L’action est empreinte de solennité.

Les deux porteurs sont de sexe différent. L’homme à gauche, dont la coiffure est sans apprêt, n’a qu’une simple pièce d’étoffe autour des hanches, alors que sa compagne, à droite, est revêtue d’une tunique à manches, finement plissée. Par-dessus, elle a passé un manteau, formant une sorte de tablier par-devant. Sa chevelure, crantée sur le front et bouclée sur les oreilles, est surmontée d’un diadème côtelé. Elle porte aussi un lourd collier et sa tenue est complétée par des bottines.

Quant aux visages des deux personnages, ils présentent des traits plutôt sévères, des arcades sourcilières très marquées, des yeux gros et globuleux, un nez droit et une bouche aux lèvres épaisses.

Ce groupe en bronze a pour base une plaque dans le même métal, rectangulaire et arrondie aux angles. Le trou central indique qu’à l’origine elle était fixée à un autre objet.

Par analogie avec d’autres groupes du même genre qui sont encore en place, on sait que l’objet en question était une ciste (boîte), faite d’une lame de métal fermée par une soudure. Elle était munie d’un couvercle, dont le groupe sculptural constituait la poignée.

Ce couvercle, en bronze comme le reste, devait être légèrement convexe, d’où la courbure affectée par le socle des figurines.

De telles cistes, circulaires ou ovales et montées sur trois pieds, servaient à conserver les objets de toilette. Le chef-d’œuvre du genre est la ciste Ficoroni, découverte à Prénèste (Palestrina) en 1738. Signée d’un certain Novios Plautios, elle porte sur les flancs une scène gravée magnifique, d’après un mythe grec, l’expédition en Colchide des Argonautes, plus précisément l’épisode de la punition d’Amykos.

On connaît quelques autres poignées de ciste qui figurent le même thème funéraire. Les porteurs sont soit des hommes (New York, Metropolitan Museum of Art, inv. 13.227.7), soit des femmes (Paris, Bibliothèque nationale de France, inv. A-V H 3368). Mais il n’y a pas d’autre exemple d’un couple mixte, comme dans l’exemplaire de la collection Barbier-Mueller.

D’autre part, au lieu d’humains, on trouve encore des génies ailés, aussi bien masculins (Metropolitan Museum, inv. 22.84.9 a, b) que féminins (Florence, Museo Archeologico Etrusco, inv. 682). Qui sont ces génies ailés ? On l’ignore, faute d’autres représentations étrusques — sur des vases peints ou des miroirs en bronze gravés — où ces figures seraient désignées par une inscription.

Si l’on se réfère au monde grec, on constate que les personnages dévolus au guerrier mort sont de sexe masculin et ailés, l’un personnifiant le Sommeil (Hypnos), l’autre la Mort (Thanatos). On les voit à l’œuvre, par exemple, sur le fameux cratère de New York (Metropolitan Museum, inv. 1972.11.10), qui représente la mort de Sarpédon devant Troie.

Cette œuvre attique, datée vers 515, aurait été trouvée à Cerveteri. Dans un autre épisode de l’épopée, la mort de Memnon, Hypnos se trouve remplacé par Eos, l’Aurore, la mère du héros. Pudiquement vêtue, elle a des ailes dans le dos, qui lui permettront d’emporter son fils dans les airs. Les illustrations grecques de ce mythe étaient connues des Étrusques, qui en ont donné eux-mêmes une belle version sur une intaille en calcédoine, conservée au Metropolitan Museum of Art (inv. 42.11.28), que l’on date de la première moitié du Ve siècle avant J.-C.

Donc, pour leurs groupes funèbres, les Étrusques disposaient de modèles, qu’ils ont adaptés à leurs propres concepts religieux. Et, à propos de modèle, on peut encore citer la figure, très répandue chez les Grecs, de Nikè, la Victoire, source d’inspiration tout aussi plausible. De quand dater cette œuvre, exceptionnelle aussi par sa qualité esthétique ?

La composition est si grandiose qu’on en oublierait sa taille réelle, quelque 13 centimètres de hauteur seulement ! Le jeune porteur, au torse nu, évoque le type statuaire de Polyclète, mais le déhanchement accentué est plus tardif. On se trouve probablement dans le deuxième quart du IVe siècle, époque où l’Étrurie connaît une reprise générale, tant politique et commerciale que culturelle.

Publ. : Cat. vente Paris 1905, p. 22, n°137, pl. IX ; Reinach, IV, 1910, p. 322, n°1 ; cat. exp. New York 1970, p. 12, fig. 18 ; Dörig 1975, n°265 (notice J. Chamay) ; Zimmermann 1991, p. 113, fig. 38, p. 134 et 135 (planche) ; Barbier 2000, p. 122.