Outre la forme générale arrondie caractéristique des extrémités de fourreau, l’objet en os présente ici une excroissance en goutte qui deviendra quasiment la règle sur les bouterolles d’époque romaine, puis franque. Peut-être la fonction originelle de cette sorte de bouton était-elle de faciliter le passage d’une lanière maintenant fermement le bas de l’arme contre la cuisse, l’empêchant de ballotter lors du galop ou de blesser en cas de chute.
L’image est celle d’un animal lové dont l’échine épouse exactement le contour arrondi de la bouterolle. Enroulé sur lui-même, il a des pattes griffues de carnassier, une longue queue ramenée sous le ventre, et une tête surdimensionnée. L’oreille est en cœur, à la façon archaïque, et la gueule entrouverte. Mais l’œil en amande est dessiné avec un certain réalisme. Le nez est souligné d’une volute qui, dans le code figuratif des steppes, traduit le loup.
Les bouterolles de ce type sont particulièrement bien attestées dans le monde achéménide, tant sur les images, comme celles des épées des Mèdes sur les reliefs de l’Apadana de Persépolis, que dans la réalité des trouvailles archéologiques [1].
Plusieurs points, pourtant, méritent d’être relevés. Non seulement des bouterolles animalières sont attestées dès le VIIe-VIe siècle à Ziwiyé et dans le monde scythe de l’Ouest (épées de Kelermès et de Melgounov Litoï), mais le motif de l’animal enroulé, absent du répertoire proche-oriental, trouve son origine dès le VIIIe siècle en Sibérie du Sud (panthère d’Arjan).
Ce qui peut laisser penser que, comme l’ensemble de l’équipement du cavalier, ce type de bouterolle animalière a été emprunté par les Mèdes à leurs cousins iraniens nomades de la steppe.
Publ. : Barbier-Mueller 1996, n°8, p. 37.
[1] Cf. Bernard 1976.