La localité de Vinça (qui s’étend de l’ancienne Yougoslavie à la Roumanie) a livré une très grande quantité de figurines féminines : les fouilles y ont exhumé, sur une épaisseur de 8 mètres de sédiments, représentant des vestiges accumulés pendant plus de mille ans, à partir du milieu du Ve millénaire, plus de mille cinq cents statuettes.
Ces « idoles » sont souvent petites, ne dépassant pas 10 à 15 centimètres de haut. Ce sont des femmes dans de multiples positions, debout, assises, penchées, couchées, agenouillées. Nues ou vêtues, seules ou portant un enfant, ou encore en couple.
Cette figurine appartient à une phase récente de cette culture. Sa silhouette est fortement stylisée, le contour des hanches et des seins sont soulignés, les mains et les pieds ne sont pas représentés. La tête est géométrique, de forme subtriangulaire, mais expressive, avec ses larges yeux soulignés et sa chevelure rendue par un tracé en courbe.
Selon l’anthropologue Marija Gimbutas (1921-1994), qui défendit l’idée d’une structure matriarcale et d’un culte de la « grande déesse » propres aux peuples néolithiques, les motifs géométriques en chevrons ou en zigzags dont est orné le corps de cette figurine seraient caractéristiques de la « femme-oiseau » incarnation de la fertilité.
Cependant, ces tracés en « chevrons » évoquent aussi les motifs d’un tissu ou le drapé d’un vêtement. Le haut de la statuette est percé d’orifices symétriques, sans doute destinés à la suspendre.
Publ. : Zimmermann 2002.