Cette statuette anthropomorphe féminine est le reflet des créations artistiques des grandes civilisations néo-énéolithiques de la région du Bas-Danube en Roumanie, avant l’arrivée des Indo-Européens. Élaborée à partir d’une terre de qualité médiocre et poreuse, d’argile au dégraissant grossier, la figurine n’est pas polie, excepté sur le dos où subsistent des traces de lissage. Les variations de couleur témoignent d’une cuisson inégale.
De face et surtout de profil, le visage semble masqué, ourlé par une bordure saillante. Seul le nez est visible et permet d’apporter un équilibre dans la partie supérieure de la pièce. Le masque ainsi que la position des bras peuvent s’apparenter à une attitude cérémonielle.
La prépondérance du ventre, se détachant du reste de la figurine, marque un état avancé de grossesse, symbole de fécondité. De même, la linéarité du dos est interrompue par une plastique callipyge. Malgré ces signes de féminité, la statuette n’en demeure pas moins schématisée et abstraite. En effet, aucune trace d’éléments anatomiques comme les yeux, la bouche, les oreilles n’est visible sur le visage et encore moins sur le reste du corps, comme les seins et le sexe, pourtant bien représentés dans la production du sud-est de l’Europe. Les hanches sont prolongées de deux protubérances symétriques. La forme conique de la partie inférieure de la figurine — les jambes n’étant pas esquissées — est à rapprocher de la culture Précucuteni de l’Europe de l’Est ; par opposition, la partie supérieure du corps, avec la position des bras et le visage, est caractéristique de la région du bas Danube et du Sud, de même que l’absence de pieds. Cette pièce comporte de grandes similitudes avec certaines découvertes effectuées sur les sites de Telish et de Gradesnitza, dans le nord-ouest de la Bulgarie. Cependant, l’absence de décor sur la pièce témoigne d’une provenance d’une aire d’échanges interculturels [1].
[1] L’auteur tient à remercier Mme Laurence Mattet pour la confiance qu’elle lui a accordée.