Petit vase zoomorphe à double protomé de hérisson

Petit vase zoomorphe à double protomé de hérisson

Les premiers vases zoomorphes font leur apparition au Proche-Orient dans le courant du IVe millénaire. Ils coïncident avec la naissance de la sculpture sur pierre, dont ils sont un témoignage vivant et cocasse : une série taillée dans l’albâtre a été retrouvée à Suse, première ville de l’Iran ancien, située en plaine de Susiane, dans le prolongement de la plaine mésopotamienne. Elle privilégie deux espèces animales : les rapaces et les hérissons, cas représenté ici.

En dépit de ses deux têtes, l’animal est traité de façon réaliste, fléchi sur ses pattes et l’œil cerné de noir. La forme a été évidée pour servir de petit récipient à un produit qui ne pouvait être stocké qu’en faibles quantités, sans doute un cosmétique. Pour le IIIe millénaire, il existe des attestations formelles de fard à yeux, noir ou gris, à base de sulfure de plomb (galène), et de poudre blanche à base de carbonate de plomb pour éclaircir le teint ; l’existence de petits containers à l’époque proto-urbaine laisse supposer que des produits de ce type étaient déjà utilisés au millénaire précédent.

Le fait que l’animal retenu ait été un hérisson n’est pas non plus le fruit du hasard, car il prête encore sa forme aux aryballes en faïence des VIIe-VIe siècles avant J.-C. qui renfermaient des fards à yeux, des onguents et des huiles parfumées [1]. Un pouvoir magique était attribué à ce petit mammifère, du fait de son action contre les souris, les serpents et les scorpions, et on lui faisait des offrandes pour s’attirer ses bienfaits. Mais, pour les pièces du IVe millénaire, il est impossible de dire que les containers-hérissons correspondaient à un tel usage. Le double protomé situé à l’avant du vase est, lui, exceptionnel. Il n’a pas de raison fonctionnelle, comme celle de séparer des produits, par exemple. Il n’a sans doute pas de raison décorative. L’hypothèse la plus plausible est une répétition d’intensité pour augmenter l’effet protecteur soit du hérisson-contenant, soit du produit contenu [2].

[1] Cat. exp. Paris 2005, nos 369-372.

[2] Bibliographie : Benoit [à paraître].