Sommets de hampe surmontés d'un cheval

Sommets de hampe surmontés d’un cheval

Très semblables, les objets forment paire. Une haute douille légèrement conique va se resserrant sous un grelot ovoïde à bille, surmonté d’animaux couchés. Corps allongé, longue queue épaisse, forme de la tête et, plus que tout, présence d’une crinière taillée net qui double l’encolure avant de retomber en toupet sur le front, aucun doute n’est permis : ce sont des chevaux qu’on a voulu représenter.

Motif inattendu au sein d’un bestiaire qui privilégie les animaux sauvages et met volontiers le cheval du côté de l’humain. Les supports sur lesquels ils reposent diffèrent légèrement : à la bande lisse qui coiffe l’un des grelots répond sur l’autre un anneau au profil en arête. Et les moulures encadrant l’orifice qui traverse le haut de la douille ne se répètent pas à l’identique.

On connaît beaucoup de ces objets de bronze manifestement destinés à coiffer une hampe ou un montant vertical [1]. Généralement ornés d’une image animale en ronde bosse, ils semblent fonctionnellement apparentés aux surmonts de Minussinsk, mais ajoutent à leur fort pouvoir visuel l’effet sonore d’un grelot ou de clochettes.

Ils apparaissent dès l’aube de la présence scythe dans le Kouban, et plus tard dans la région du Dniepr. Dans les tombes, on les trouve fréquemment associés aux éléments de harnachement, souvent par deux, ou par quatre. Ils jouaient à coup sûr un rôle important dans le cérémonial funéraire.

S’agit-il, comme au nord-ouest de la Chine, d’ornements du char funèbre ? D’enseignes ralliant un groupe ? De bâtons de chaman ? Plus vraisemblablement, on a là des « marqueurs d’espace », indispensables pour définir le territoire funéraire, et qui, par leur verticalité, assuraient le passage du monde d’en-bas au monde d’en-haut à la manière d’un axis mundi [2].

[1] Voir par exemple Schiltz 1994, fig. 56 à 60.

[2] Schiltz 1994, p.77 sq.