Sommet de hampe surmonté d'un bouquetin

Sommet de hampe surmonté d’un bouquetin

L’animal est debout sur un support creux de forme hémisphérique, muni à la base d’un
trou qui permettait de fixer l’ensemble à une perche ou à un montant qu’on imagine de
bois.

Des ornements de bronze de ce type ont été trouvés, dès le XVIIIe siècle [1], au cœur du
continent eurasiatique, en Sibérie du Sud, tout particulièrement dans le bassin steppique
d’Abakan et la région de Minussinsk. Là, sur l’îlot de Tagar, les fouilles ont permis de
mettre en évidence la culture de tribus de souche iranienne qui, grâce à des conditions
locales favorables et à l’irrigation, n’avaient jamais cessé de pratiquer l’agriculture à côté
de l’élevage du gros et du petit bétail.

Outre la céramique, elles avaient hérité d’une
tradition du bronze très ancienne et particulièrement brillante. Elle est associée, chez les
éleveurs tagars, à un art animalier très proche, à bien des égards, de celui des nomades.

Le cerf y est présent, mais, au moins avant le Ve siècle, on lui préfère le bouquetin. Ici, la
tête, importante, est démarquée du cou par une ligne en relief. L’œil rond et les contours
de la bouche entrouverte sont mis en valeur par un bourrelet. L’animal déploie de grandes
cornes cannelées qui se recourbent sur l’échine en l’effleurant. Il se dresse sur ses quatre
pattes groupées à l’aplomb du corps, si bien que les sabots, réunis au sommet de la
calotte, se touchent. La pose, pourtant, n’est pas statique. Échine arquée, oreilles
dressées, museau allongé, comme tendu pour humer l’air, l’ongulé semble aux aguets et
son attitude ramassée porte à croire qu’il se prépare à bondir.

D’un point de vue fonctionnel, ces surmonts en cloche tagars, d’une grande expressivité
plastique, sont clairement apparentés aux sommets de hampe porteurs d’images animales
et souvent sonores que l’on trouve chez les Scythes du Kouban et de l’ouest de la steppe.

[1Un exemplaire proche de celui-ci, aujourd’hui au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg
(Schiltz 1994, fig. 190), et d’autres où figurent des cerfs ont été achetés vers 1730 par G. F.
Miller dans la région de Krasnoïarsk. Voir aussi Bunker et al. 1970, fig.48.