Ornements d'attelages funéraires

Ornements d’attelages funéraires

En arrière plan, mouflon : Tout comme celui du premier plan, l’objet qui nous intéresse ici, creux lui aussi, et un peu plus grand, était manifestement destiné à être lu à l’horizontale. Sans doute venait-il s’enfiler sur une perche en bois pour orner le joug d’un char funéraire. Ce caractère fonctionnel de l’embout est souligné ici par le fait que viennent se substituer aux pattes, qui devraient être repliées sous le corps, deux montants creux, traités à la manière de patins.

L’ongulé a de grandes cornes aux profondes cannelures, très épaisses à la base et qui se recourbent fortement vers l’avant, évoquant l’image d’un mouflon plutôt que d’un bouquetin. Deux petits tenons à l’horizontale solidarisent les cornes avec l’encolure. Sur chacun des flancs apparaît, en relief, une image secondaire de dévoration. Un animal de profil à la silhouette féline (panthère ?), aux griffes puissantes, est représenté en arrêt. Le fauve tient déjà dans sa mâchoire largement ouverte la patte de sa victime qui, dos arqué, semble se débattre en un ultime soubresaut et faire face à son agresseur, gueule ouverte comme pour crier.

Dans la conception cyclique des éleveurs nomades, pour lesquels la mort est la condition même de la vie à venir, à la façon dont, pour les agriculteurs sédentaires, le grain mis en terre germe pour mieux renaître, une telle scène, comprise comme une promesse de renouveau, faisait tout particulièrement sens lors de la cérémonie funèbre.

Publ . : Bunker 2006, fig. 20a, p. 105.

Au premier plan, bélier : Ce bélier allongé aux pattes repliées a été moulé en creux pour s’adapter sur le joug arrondi d’un timon fixé à un char funéraire à deux roues. Les pattes sont superposées, les sabots arrière étant tournés vers le bas et les sabots avant vers le haut. Cette disposition particulière apparaît antérieurement sur un animal laqué dans une tombe précédant la dynastie Qin près de Xi’an, Shaanxi, daté de 537 avant J.-C [1].

La langue qui sort de la gueule du bélier signifie que l’animal est en rut, symbole tout indiqué pour les peuples nomades, dont la survivance dépendait de la prolifération de leurs troupeaux domestiques.

La présence d’une ligne de moule longitudinale divisant en deux le corps du bélier révèle qu’il s’agit d’un moulage d’une seule pièce. Les cornes ont été coulées séparément, puis soudées sur la tête.

Les moulages en creux d’ongulés allongés aux pattes soigneusement repliées se trouvaient fréquemment parmi les pièces de mobilier funéraire des pasteurs qui habitaient la frontière nord-ouest de la Chine durant les Ve et IVe siècles avant J.-C. [2]. Leur fonction exacte a longtemps dérouté les érudits, jusqu’à ce qu’un ensemble d’ornements zoomorphes adapté au joug d’un char funéraire à roues, découvert dans une tombe de l’État de Qin à Bianjiazhuang, comté de Long, au sud-ouest de la province de Shaanxi, vienne résoudre le problème [3].

De tels ornements d’attelage, moulés en six exemplaires ou plus, étaient particuliers aux sépultures nomades du nord-ouest de la Chine et sont introuvables dans les sépultures situées à l’est des montagnes du Taihang.

Publ. : Bunker 2006, fig. 20b, p. 105.

[1] Beijing 1992, p.71.

[2] So et Bunker 1995, p. 116-118.

[3] Wenwu 1988, n°11, p. 16, 17, fig. 3 : 39-42, 4.