Apparue en même temps que les autres objets de ce que l’on appelle le « trésor de Ziwiyé [1] », le précieux bandeau a été déchiqueté lors du partage du butin en une dizaine de morceaux, aujourd’hui répartis entre divers musées et collections.
S’agit-il, comme on le dit, d’un revêtement de ceinture ? Le collectionneur a fait remarquer très justement que l’épaisseur et l’absence de flexibilité de la feuille d’or s’y oppose et propose de voir là l’ornement d’un support plat, peut-être un coffre [2].
Les dimensions de l’objet, large à l’origine de 16 centimètres [3], la présence d’éléments de décor caractéristiques, et surtout le fait que les animaux soient représentés tantôt tournés vers la droite, tantôt vers la gauche afin de venir converger sur le devant, tout cela indique que le modèle de l’orfèvre, à l’origine au moins, a été celui des revêtements de ceinture. Les larges ceintures métalliques, en bronze le plus souvent, sont bien attestées en Transcaucasie et sur tout le territoire de l’Ourartou. Protégeant le foie et l’abdomen tout en laissant les mains libres, elles constituaient une arme défensive particulièrement commode pour des archers.
Elles étaient en outre porteuses de la puissante valeur magique d’un « cercle caucasien » qui ne saurait être franchi [4].
Ce fragment rend bien compte de ce qu’étaient la composition d’ensemble et les éléments du décor du bandeau. Il illustre de façon particulièrement explicite le mélange des courants artistiques dont cette région du nord-ouest de l’Iran a été le creuset.
Typiquement ourartéen le réseau d’accolades en doubles volutes qui divise le champ en registres superposés [5]. Très assyrienne la tête féline au front et au mufle plissés qui en occupe les intersections. Mais scythes, incontestablement, les animaux alternés en quinconce : cerfs à la ramure rabattue sur l’échine, et bouquetins montrés, eux aussi, de profil, les sabots ramenés sous le ventre, dans la plus pure tradition de l’art des steppes.
Publ. : Zimmermann 1991, p. 100-101 ; Schiltz 1994, fig. 80 ; Barbier-Mueller 1996, fig. 3, p. 10, et n°2, p. 35.
[1] Cf. Godard 1950 ; Ghirshman 1979a ; Muscarella 1977.
[2] Barbier 1996, p.35.
[3] Le Musée archéologique de Téhéran possède un important fragment de l’objet, qui en couvre toute la hauteur d’un bord à l’autre (voir Amandry 1966, fig.4, et Schiltz 1994, fig.79).
[4] Cf. Widengren 1968.
[5] Cf. les ceintures ourartéennes d’Ani Piemza et Zakim (Amandry 1966, fig. 3).