Provenant du nord-ouest de l’Iran où il aurait été trouvé dans une tombe en même temps que des pointes de flèche trilobées de type scythe [1], l’objet se distingue par son caractère d’abord fonctionnel et l’extrême laconisme avec lequel il est traité.
La forme d’ensemble évoque une tête de rapace au bec fortement incurvé, qui constituait un crochet dont une languette évidée vient bloquer l’ouverture, à la manière d’un mousqueton. Le bord de la douille est percé de trous qui permettaient la fixation de l’embout creux à un support. Les « yeux » qui apparaissent en haut du « bec », bien petits pour figurer l’œil d’un rapace selon les canons de l’art des steppes, étaient destinés à accueillir un élément de fixation transversale.
Un parallèle éclairant est fourni par un embout de bronze très proche, de forme comme de dimensions, trouvé dans une tombe de la rive droite du Dniepr, que les fouilleurs datent entre la fin du VIIe siècle et 550 avant J.-C [2]. Il y accompagnait une épée courte dont il constituait la bouterolle [3]. L’embout est, comme ici, percé d’un « œil », mais que vient combler un clou de bronze, et le « bec » arrondi se referme en anneau. Dans un cas comme dans l’autre, cette ouverture, qui évoque un mousqueton, permettait le passage d’une courroie procurant un point de fixation supplémentaire au bas de l’arme.
Un autre objet de forme analogue, encore que plus complexe, a été découvert dans la tombe VI de la nécropole à kourganes de Nartan, près de Naltchik, sur la rive gauche du Terek en Kabardino-Balkarie, en même temps que des pointes de flèche scythes à trois ailerons [4]. Cette tombe, que l’on date du VIe siècle avant J.-C, correspond à l’époque du séjour des Scythes dans le Caucase après leur incursion au Proche-Orient. Les trois objets constituent donc autant de jalons marquant l’avancée des Scythes depuis le Proche-Orient jusqu’au nord de la mer Noire au travers du Caucase.
Publ. : Barbier-Mueller 1996, fig. 31, p. 25, et n°5, p. 36.