En haut et en bas, quatre appliques en forme de cerf : Découpées dans une fine feuille d’or, estampées et retravaillées au poinçon, les quatre appliques percées de trous étaient fixées à un support de tissu ou de feutre, vêtement ou coiffure. Ainsi a-t-on l’exemple, archéologiquement attesté, de hautes coiffes ornées d’appliques, ou encore de bonnets dont, au moins dans les tombes gelées de l’Altaï, le feutre a été conservé. Une tombe de la rive droite du Dniepr a livré des appliques en forme de cerf dans la même attitude et de mêmes dimensions que celles-ci, qui ornaient apparemment une haute coiffure conique [1].
L’animal à l’œil rond et à l’oreille très allongée est figuré ici pattes repliées sous le corps, ramure plaquée contre l’échine, encolure en extension projetant la tête en avant, dans l’attitude qui est, dès le VIIe siècle, celle du cerf de la ceinture de Ziwiyé comme de la célèbre plaque en or de Kostromskaïa. À ceci près que, à la différence d’une bonne partie des images de ce type, le cerf est représenté de profil vers la gauche, et non pas vers la droite. Attitude qui, quoi qu’on en ait dit, traduit non pas l’immobilité d’un animal ligoté pour le sacrifice, mais la vitesse absolue, l’instant suprême du bond tel que le recompose l’œil, synthétisant en une image unique plusieurs temps du mouvement. La ligne perlée qui court sous l’encolure et sous le ventre, à la façon d’un motif ornemental grec, fait écho à celle que l’on voit sur le célèbre cerf gréco-scythe de Koul-Oba et invite à envisager pour ces appliques une datation au Ve siècle au plus tôt.
Image emblématique pour l’ensemble de l’art des steppes aux côtés des autres ongulés, le cerf occupe dans le bestiaire scythe de l’Ouest une place à l’évidence privilégiée [2]. Symbole solaire, animal de tous les passages, animal guide, il est aussi, plus immédiatement, celui qui, à la manière des nomades, vit en harde sous l’autorité d’un chef, celui pour lequel la vitesse constitue la plus imparable des défenses et qui est, comme eux et leurs troupeaux, soumis à la dure loi de la steppe : celle de l’herbe et de l’eau.
Au milieu, deux appliques ajourées à têtes de rapace : Les deux appliques ajourées, découpées et travaillées au repoussé, étaient destinées à être clouées ou cousues sur un support de bois, de cuir ou de textile, comme l’implique la présence, aux quatre angles, de trous de fixation. S’agit-il d’un ornement du vêtement ?
Les dimensions, assez importantes, et le fait que l’on ait affaire à une paire pourraient plaider en faveur d’appliques décorant un récipient de cuir ou de bois [3].
Autour du centre de la plaque, marqué d’un cercle, apparaissent quatre têtes de rapace qui se font face deux par deux. Elles résument l’oiseau de proie à une formule très fréquente dans l’art des steppes, à l’est comme à l’ouest : le motif « œil-et-bec [4] », bien attesté, précisément, sur les ornements de récipients [5]. L’œil est parfaitement rond. La quadruple courbure des becs puissants est mise en valeur par le jeu des pleins et des vides : des sillons en soulignent l’intérieur tandis qu’un évidement en volute inversée en démultiplie efficacement les contours. Une double rangée d’écailles imbriquées comme on en voit aux griffons et autres rapaces de l’Altaï descend de la tête avant de se diviser en dessinant deux losanges évidés.
Le cadre a beau être sensiblement carré, les angles en sont comme émoussés et les lignes droites sont remarquablement absentes de l’image, démontrant une fois de plus la préférence de l’art des steppes pour la courbe et les formes fluides. Quelque peu stabilisés par leur forme carrée et le fait que les têtes s’opposent deux par deux, ces objets n’en comportent pas moins une dimension tournoyante, mais comme inversée et ramenant vers l’intérieur.
Publ. : Barbier-Mueller 1996, fig. 26, p. 22, et n°12, p. 39.
[1] Cf. tombe 100 de la nécropole de Siniavka ; cf. Meljukova 1989, pl. 43, 4, et cat. exp. San Antonio et Paris 1999-2001, n°43, p. 150-151.
[2] Voir Tchlenova 1963.
[3] Les fouilles ont livré de nombreux exemples de ce type d’ornement, aussi bien dans l’Altaï (Schiltz 1994, fig. 14 et 44) que sur la rive droite du Dniepr (ibid., fig. 23 et 271).
[4] Ibid., p. 35 ; Barbier 1996, p. 22.
[5] Cat. exp. Paris 2001, nos 39 et 40.