Situle

Situle

Ce récipient cylindrique repose sur une base non marquée à l’extérieur par une
délimitation, dépassant le fond de la situle de 1,5 centimètres. Une partie rétrécie en haut
permettait d’encastrer le couvercle. Les deux anses évoquent une liane torsadée en forme
de U renversé, ornées de deux doubles spirales à la base des deux côtés [1]. Cet objet est un des plus représentatifs, avec les
tambours de type Heger I, des vestiges de la culture de Dông Son.

Sur le plan social, les
situles dôngsoniennes appartenaient à la noblesse. Les situles de cette dimension
pouvaient servir de réceptacles à ossements, contenir un crâne [2], celui du
défunt ou de la victime d’un sacrifice. D’autres contenaient diverses sortes de liquides et les rares inscriptions (chinoises) qu’elles comportent se réfèrent parfois à leur contenance.
Certaines sont décorées de gravures, de figures humaines aussi sophistiquées que celles
des tambours de bronze.

Ce récipient de grande taille est richement décoré : depuis le haut, des bandes
géométriques (quadruples lignes en creux encadrant deux rangées de dents de scie pointe
contre pointe et séparées par des spirales géométriques ou méandres entrelacés). Une
bande vierge se trouve au dessous et à nouveau des lignes horizontales, en deux registres,
encadrant quatre barques, présentant des scènes guerrières laissant présumer qu’il
s’agissait de commémorer une victoire, au vu des ennemis décapités, encore qu’il ait pu
s’agir d’un couronnement ou d’une « fête de mérite » lors de laquelle le ou les
personnages célébrés avaient droit à des sacrifices humains ? Des animaux remplissent les
espaces vides et représentent l’environnement, à moins qu’ils ne soient des symboles
évoquant le sombre monde souterrain (les poissons, les crocodiles ailleurs ou les tortues),
et le monde céleste (les oiseaux), son « contraire nécessaire ».

Particulièrement intéressants sont les vingt-deux caractères chinois gravés sur le bord de la
situle, après la fonte, sans doute un ou deux siècles après celle-ci. Ils se rapportent au
poids, à la contenance du récipient en mesures chinoises, et la partie non déchiffrée
indique peut-être le lieu de fabrication.

Les « situles à inscriptions » sont très rares. Les premières ont été découvertes sur le
territoire du royaume de Nan Yué, près de Guangzhou (ville de Canton, province de
Guangdong, Chine). Une autre a été trouvée depuis à Lubowan, dans la région autonome
de Guangxi, et les deux dernières se trouvent dans les collections Barbier-Mueller [3].

Les inscriptions de la situle de Lubowan, de cette situle et du tambour de
Cô Loa partagent une ressemblance frappante [4]. Seul le caractère han de la
première a pu être identifié comme le lieu de production. Sans doute les deux premiers
caractères de droite à gauche de la situle Barbier-Mueller renferment-ils le secret de ce lieu ?

Dans la tombe de Viêt Vuong (roi du royaume de Viêt en Chine, près de Guangzhou – la
ville de Canton, capitale de la province de Guangdong en Chine au IIe siècle avant J.-C.),
on a trouvé une situle assez semblable à celle-ci. En 1986, le musée de Yên Bài a
découvert dans le sous-sol de Hop Minh un tel réceptacle avec son couvercle intact, fait
rarissime. Cette dernière situle est semblable en taille et en décoration
à celle-ci.

De culture de Dong Sôn, cette situle atteste de la probable influence des habiles bronziers du royaume de Dian au Yunnan, où existent encore des hottes en osier de même forme

Publ. : Viêt 2006, page de titre pour le détail de la barque, fig. 11 pour la situle entière,
fig. 13 pour le détail de l’anse en U renversé.

[1voir photo de détail dans Viêt 2006, p. 251, fig. 14

[2ibid., p. 260

[3ibid., p. 257

[4ibid., p. 258