Hallebarde

Hallebarde

Cette sorte d’arme bien faite pour frapper était largement répandue. La forme appartient au « style du fleuve Rouge ».

On permettra à l’éditeur de noter que Bezacier croyait pour cette arme à l’évolution finale, par métamorphoses successives, de la « hache-poignard » plate, originaire du royaume de Dian, dont un spécimen a été trouvé dans le delta du Tonkin, et dont les collections Barbier-Mueller renferment plus d’une douzaine d’exemplaires, plusieurs ayant été prêtés à la Fondation Baur au printemps 2008, raison pour laquelle nous n’en avons pas réintroduit un dans la présente exposition, l’objet ayant plutôt un caractère de rareté archéologique dépourvue de provenance dôngsonienne (le Vietnam l’a connu par les échanges avec le Yunnan de la culture de Dian, comme les provinces limitrophes du Vietnam faisant partie du royaume de Nan Viêt — Nan Yue -, comme les provinces proprement chinoises plus au nord — on aurait découvert un de ces poignards au Henan) [1].

Notre hallebarde a la forme d’un L. Le tranchant sinueux occupe le creux du L et la pointe l’extrémité du L.

La lame était insérée dans le manche en bois, et fixée par des tenons ou des liens passant dans les trous de la garde plate. Les deux faces de la lame sont décorées de scènes presque semblables, et pourtant différentes. Une bande de quatre cerfs courent vers la pointe de l’arme.

D’un côté, on distingue un petit chien s’opposant au premier cervidé : tous deux sont minuscules. Sur la face représentée ici, le chien est informe : il ressemble vaguement à un poisson. Aux trousses du premier cerf depuis la gauche, un chien à longue queue poursuit le troupeau, suivi d’un deuxième plus petit. Au-dessus du chien, deux reptiles (crocodiles ?) sont gueule contre gueule. Sur l’autre face, les crocodiles sont remplacés par un animal au corps sinueux et à longue queue pointue (mais il paraît doté d’oreilles ?), par une grande bête de même type, sans oreilles (autre reptile ?), un grand et un minuscule chien. Un seul oiseau vole à contre-sens, très net.

Cette scène de chasse est rendue plus vivante par la présence des oiseaux survolant la harde pourchassée.

Les cerfs ressemblent beaucoup à ceux que l’on voit sur les haches à lame oblique et talon droit (« style du fleuve Rouge »). Aussi y a-t-il des raisons de penser que cette hallebarde appartient à la culture de Dông Son du IVe au IIIe siècle avant J.-C., dans la région du cours moyen du fleuve Rouge.

Édité et complété par Jean Paul Barbier-Mueller

[1] voir Bezacier 1972, fig. 35, p. 104, et cat. exp. Paris 2003, planche 21, p. 62, pour une discussion sur ce type d’arme.