La poignée, ou manche, est en T. La garde se recourbe en deux petites cornes de buffle : celle de droite forme une spirale intacte, celle de gauche a subi un accident.
Outre ses très grandes dimensions, l’intérêt de cette pièce réside dans sa poignée. Elle comporte un très riche décor, mais elle a surtout été dotée par les siècles d’une patine verte. Un examen en laboratoire permet de constater que de la malachite s’est formée sur les parties saillantes du décor.
Depuis le haut, nous avons deux lignes en zigzag négatives séparées par un trait horizontal court, permettant à deux « arêtes » verticales (dents de scie penchées) d’encadrer le tout.
En réalité, les deux lignes en zigzag sont deux paires de dents de scie : chaque dent du haut s’encastre dans le vide existant entre deux dents de la rangée inférieure, les pointes du rang supérieur pointant vers le bas, et celles du rang inférieur vers le haut. Le registre suivant, plus bas, contient deux visages humains ovales, où seuls le nez et la bouche sont indiqués ; sur leur crâne s’évase un bouquet de quatre plumes.
Sous les visages, on retrouve deux rangs de dents de scie, toutes pointant vers le haut. Le milieu du manche est lisse, poli et patiné. Sa partie basse, vers la garde, est décorée de deux doubles rangs de dents de scie, beaucoup plus étroits que vers le haut, mais disposés de la même manière : les pointes des dents supérieures visent le bas, et les dents du rang inférieur sont dirigées vers le haut. Même ligne « en arête de poisson » sur les côtés.
Ce décor porte la marque du plus pur style dôngsonien du « pays d’origine », sans doute la province de Thanh Hoa. Nous sommes très loin des poignards au manche et à la lame dentelée ornés de motifs en spirales multiples vus sur les modèles reproduits par Bezacier [1], qui subissent l’influence du royaume de Dian, à la fin du Ier millénaire avant J.-C.
L’examen de la partie supérieure du manche laisse voir une partie plate oxydée, avec un trou carré au centre et deux trous ronds de part et d’autre (remplis de terre). Il est hors de doute qu’un pommeau fondu séparément (peut-être dans un autre métal plus précieux, que l’on peut imaginer bombé et décoré) y était fixé et a disparu.
[1] 1972, fig. 43, p. 113