Cette statuette très détaillée est un exemple particulièrement remarquable du type Plastiras, dont toutes les figurines, généralement petites, mesurent entre 7,5 et 30,8 centimètres. Elle est conçue en trois parties égales : celle du cou et de la tête, y compris la coiffe cylindrique (polos) spécifique aux figurations féminines, celle du torse, et enfin celle des jambes, depuis l’entrecuisse jusqu’à l’extrémité des pieds. Le point médian de cette idole à la taille élancée se situe juste au-dessus du nombril, et sa largeur maximale est légèrement inférieure au quart de sa hauteur.
Avec trois autres exemplaires sculptés de la même main, cette image est la plus fouillée des figures Plastiras connues. Parallèlement aux contours nerveux et aux marques audacieusement incisées à l’avant et à l’arrière, les yeux, le nombril et les fossettes iliaques postérieures ont été exécutés à l’aide d’une alène à main, couramment utilisée par les sculpteurs de statuettes et de récipients en pierre du Cycladique ancien I. Sur les statuettes, l’instrument servait aussi à effectuer des réparations ; pour ce qui est des récipients, sa fonction première était de perforer leurs orillons, ainsi que les coins des palettes.
La figurine Barbier-Mueller témoigne de la longueur que le sculpteur pouvait s’autoriser pour obtenir une idole très raffinée – bien que toujours susceptible de se briser aux endroits les plus délicats. Étant donné la cambrure et l’étroitesse de ses pieds, une telle pièce était incapable de se tenir debout. Lorsqu’elles n’étaient pas tenues, ces statuettes étaient probablement appuyées contre un support, ce qui augmentait les risques de chute.
Dans le cas présent, elle a subi une cassure au cou – déjà fin à l’origine –, une autre sur le devant de la hanche, et à l’arrière dans le pli fessier horizontal, précisément à l’endroit où commence la séparation des jambes. Parmi les quelque quarante-quatre images Plastiras et autres idoles apparentées connues, presque toutes ont souffert d’une brisure à un endroit au moins, et seules vingt-quatre d’entre elles sont demeurées intactes. Au moins onze de ces pièces ont été réparées – avec grand soin, mais au risque de se voir encore plus endommagées.
À elles toutes, ces statuettes témoignent de seize réparations. L’une d’entre elles en compte trois. Trois des quatre figurines Plastiras attribuables au Maître du Metropolitan Museum nécessitaient des réparations. La plus grande (inédite) avait eu la tête (le cou) rattachée au corps par des lamelles de plomb enfilées à l’intérieur et à l’extérieur de deux perforations, l’une à travers le cou et l’autre au centre de la partie supérieure du thorax. (C’est la plus ancienne des trois réparations connues impliquant l’utilisation du plomb – les deux autres ayant été pratiquées sur un bol du Cycladique ancien I-II brisé en deux et sur la fixation de la tête, perdue, d’une statuette de la fin du Cycladique ancien II.) Des trois figurines réparées du sculpteur du Metropolitan Museum, la pièce Barbier-Mueller était la plus fragile, peut-être parce qu’elle était la plus petite. Étant donné l’absence de restes de plomb, on a probablement eu recours à des lanières de cuir humides, à de la ficelle ou à de la laine pour assurer la fixation des parties entre elles.
Les cassures survenaient soit durant la phase finale de fabrication, au moment où le sculpteur ajoutait les détails, soit après que la figurine eut quitté l’atelier, auquel cas elle était rapportée au sculpteur pour qu’il la répare. Les orifices de réparation de l’idole Barbier-Mueller ont probablement été percés à l’aide de la même alène qui avait servi pour les orbites, le nombril et les fossettes iliaques.
Le rendu des mains de la statuette Barbier-Mueller n’est pas très évident. Elles ressemblent à une série de sillons abdominaux au moins autant qu’à des mains, avec des doigts extrêmement longs, même s’ils sont interrompus par la rainure du sternum. Il existe des cas où les doigts des deux mains se fondent imperceptiblement les uns dans les autres, ce qui donne à penser que la représentation des doigts pourrait avoir la même finalité symbolique que le motif des sillons abdominaux [1].
Publ. : Zimmermann 1993, p. 83 et 142 (n°22).
[1] Au sujet du Maître du Metropolitan Museum, cf. Getz-Gentle 2001, p. 63-66, notamment p. 63, fig. 30, p. 152 (liste de contrôle mise à jour) ; Getz-Preziosi 1987, p. 74-78, pl. IA, 16-17. Au sujet d’une discussion sur des marques abdominales, cf. Getz-Gentle 2001, p. 11-12.