Jarres à orillons de suspension, à col et à pied, de type kandila

Jarres à orillons de suspension, à col et à pied, de type kandila, attribuées au Sculpteur A (202-15 et 202-75) et B (202-17) de kandiles

À la lumière des trois cent vingt-cinq exemples, si ce n’est plus, très caractéristiques que l’on connaît jusqu’à présent, il est permis d’affirmer que la jarre en marbre était de loin l’objet en pierre le plus courant de ceux fabriqués au Cycladique ancien I. Avec le gobelet, c’était également la pièce qui requérait le plus de travail.

Apparemment, de tels récipients n’étaient pas utilisés dans la vie quotidienne : non seulement ils n’ont pas été trouvés dans des habitats, de même que les autres récipients à orillons du Cycladique ancien I, mais leurs orillons de suspension ne présentent aucun signe de détérioration.

Bien qu’un petit exemplaire soit censé avoir contenu de la bière ou tout au moins des céréales, et qu’un autre ait été rempli de coquillages, je pense que la jarre à col servait à entreposer de l’eau pour la personne défunte – liquide essentiel à la vie et, partant, nécessaire à celle dans l’au-delà. Ce récipient à large panse symbolisait également l’utérus – la femme en tant que réceptacle de vie nouvelle.

En cette qualité, la kandila (qui tient son nom de sa ressemblance avec les lampes d’église grecques) pourrait avoir servi de substitut à l’image figurative féminine [1]. Trois kandiles ont été trouvées dans une même sépulture. Remplies d’eau et suspendues à des cordelettes, elles auraient été transportées jusqu’à la tombe. Si la jarre était petite (inv. 202-17) ou de taille moyenne (inv. 202-15, 202-75), elle était tenue par une seule personne. Mais, si elle était très grande, elle était fixée à une perche soutenue par deux personnes. La plus grande kandila connue mesure 37 centimètres de hauteur, et la plus petite à peine 7 centimètres. Sculptées à partir d’un cube de marbre, ces jarres peuvent être aussi larges que hautes, mais l’amplitude extérieure ne correspond pas toujours à la cavité interne.

J’ai le sentiment que deux artisans ont produit la grande majorité de ces jarres – le Sculpteur A ayant été plus prolifique que le Sculpteur B –, et que ces deux hommes se connaissaient ou étaient peut-être même apparentés. Les deux plus grandes jarres (inv. 202-15, 202-75) sont, à mon avis, des œuvres de maturité du Sculpteur A.

L’exemplaire plus petit (inv. 202-17) est une pièce plutôt modeste, que le Sculpteur B aurait exécutée en début de carrière. Les deux artisans ont utilisé des proportions quelque peu différentes dans leurs travaux : contrairement aux jarres du Sculpteur A, celles du Sculpteur B ont tendance à avoir une panse plus vaste, un col plus large, un pied plus court et des orillons plus proéminents qui ne suivent pas les contours de la panse. Creusées plus en profondeur, elles ont une capacité supérieure à celle des récipients du Sculpteur A, même lorsqu’elles sont de la même hauteur.

Publ. : Zimmermann 1993, p. 50, 135-136 (nos 4, 3 et 6).

[1] Au sujet des kandiles, cf. Getz-Gentle 1996, p. 5-39.