Le gobelet en marbre, de même que la kandila et toutes les formes du Cycladique ancien produites en assez grand nombre, est resté remarquablement fidèle au genre, et n’offre que peu de variantes. Il semble dériver d’un prototype conique d’origine anatolienne du Chalcolithique. Deux gobelets de ce type ont été retrouvés dans les Cyclades – l’un durant des fouilles sur le site néolithique tardif de Kephala à Keos et l’autre à Copenhague, acquis à Prague en 1896, qui pourrait avoir été mis au jour à Naxos.
On ne sait pas exactement où ils ont été exécutés. Il se peut que ce soit dans les Cyclades, mais également en Anatolie, où l’on a découvert un atelier qui fabriquait en masse des bols et des gobelets coniques, ainsi que des statuettes du type Kiliya. (Ce phénomène contraste nettement avec les Cyclades, où les subtiles variantes qui apparaissent sur les quelque soixante gobelets connus suggèrent la main de nombreux individus travaillant indépendamment.)
De même que la kandila, le gobelet, destiné à contenir des liquides – très probablement de l’eau –, était déposé dans la tombe comme récipient à boire. Une sépulture à Iasos, sur la côte sud de l’Anatolie, en donne le touchant témoignage : elle a révélé un gobelet du Cycladique ancien I, que le défunt avait encore à la bouche, et qui avait été maintenu en place par les os des bras. Dans les Cyclades, peu de tombes contenant des gobelets ont été ouvertes par des archéologues, mais il semble que, chaque fois, ce récipient – toujours en un seul exemplaire – ait été placé en situation privilégiée, devant le visage du défunt, prêt à l’emploi. Il est possible que, lors des rites funéraires, le gobelet ait également été utilisé pour boire en commun – en signe d’adieu au défunt.
Les gobelets, tout comme les kandiles, accusaient une grande variété de dimensions – de 8 à 34 centimètres environ. Mais la majorité d’entre eux, tel l’exemplaire Barbier- Mueller, mesuraient entre 10 et 20 centimètres de haut. Les variantes étaient peu nombreuses. La plus surprenante et la plus révélatrice d’entre elles est la représentation d’un torse de femme (qui peut se lire aussi comme un visage) sur l’un des côtés de certains gobelets anthropomorphes – symbolisant de nouveau la femme en tant que réceptacle, et la même force protectrice qui résidait dans l’image figurative.
Les orillons des gobelets restaient particulièrement menacés. Ils étaient relativement plus fragiles que ceux des jarres. Apparemment, les brisures se produisaient en général au moment de la sculpture ou des perforations. Bon nombre de ces orillons devaient être repercés, et bien souvent ils finissaient par prendre une forme raccourcie, différente de celle à laquelle le sculpteur avait d’abord songé. Le gobelet Barbier-Mueller est doté d’orillons un peu plus courts et plus proéminents que la majorité des gobelets. Non seulement ils se distinguent quelque peu par leur forme, mais ils sont aussi positionnés et percés à différents niveaux – autant d’indices tendant à prouver qu’ils ont été « arrangés » à la suite d’une détérioration. Après le Cycladique ancien I, les récipients à boire étaient de petite taille, avec ou sans pied, et ne possédaient pas d’orillons [1].
Publ. : Zimmermann 1993, p. 47 et 134 (n° 1).
[1] Au sujet du gobelet, cf. Getz-Gentle 1996, p. 41-63 ; Takaouglu 2005, p. 1-34, 36-38, pl. 25.