Figure féminine

Figure féminine, attribuée au Maître de Dresde

Cette statuette est un excellent exemple de la dernière variété de figures couchées à bras repliés. À certains égards, elle est aux antipodes de la figurine Plastiras qui fait partie du premier type de représentation exécuté au Bronze ancien. Les deux genres d’œuvres peuvent être considérés comme étranges et idiosyncrasiques. La figurine Plastiras témoigne d’un vif intérêt pour les détails anatomiques. En revanche, sur la statuette de la variété Chalandriani, l’anatomie prend un aspect géométrique. Aucune des deux statuettes ne révèle un véritable souci de proportions humaines.

J’ai l’impression que la présente figurine est le travail abouti d’un sculpteur, nommé d’après l’actuelle localisation de sa fameuse idole masculine, le chasseur-guerrier. À l’heure actuelle, je connais cinq statuettes entièrement conservées du Maître de Dresde, ainsi que plusieurs œuvres fragmentaires. Comme beaucoup de sculpteurs, sinon tous, il a commencé à faire des pièces tout à fait modestes – la plus petite ne mesure que 11,3 centimètres –, mais c’est à sa pleine maturité qu’il a exécuté la plus grande et, à mon avis, la plus belle statuette de la variété Chalandriani. Elle est trois fois plus longue que la plus petite d’entre elles. (Malheureusement, cette pièce, qui se trouve dans une collection privée, est inédite.) Le Maître de Dresde a produit des idoles masculines, mais aussi féminines, dont certaines, y compris son chef-d’œuvre, présentent des stries abdominales, dont le nombre varie de deux à quatre.

On est en droit de se demander comment il est possible d’identifier certaines pièces comme étant de la main d’un seul artiste. Lorsqu’une manière particulière de sculpter se cristallisait en un type, auquel adhéraient tous les sculpteurs de la période, elle devenait un style général ou commun. En même temps, chaque artisan développait sa propre vision du travail, dans les limites de la tradition. Elle se matérialisait par un ensemble de caractéristiques apparaissant de pièce en pièce, indépendamment du niveau d’expérience et de maturité du sculpteur.

Aucune de ces caractéristiques n’était nécessairement l’apanage de l’artiste, mais la combinaison particulière de certaines d’entre elles, dont la majorité était déjà subtile, lui appartenait en propre. Ainsi relève-t-on plusieurs idiosyncrasies du Maître de Dresde. Il avait notamment pour habitude de sculpter les pieds en forme d’éventail, sans pratiquer une entaille médiane pour les différencier. De même, il donnait au devant des jambes un contour convexe.

L’œuvre du sculpteur a été assez largement diffusée dans les Cyclades – jusqu’à Keos à l’ouest, et à Ios au sud. La figure masculine semble avoir été découverte à Amorgos voilà longtemps, mais je soupçonne qu’elle a été retrouvée en réalité près de Keros. Quatre des statuettes féminines – dont deux complètes, y compris la pièce Barbier-Mueller, et deux fragmentaires – ont été acquises par le même antiquaire. Les deux pièces fragmentaires proviennent du trésor de Keros, et il est vraisemblable que les deux figures complètes aient également été trouvées sur cette île [1].

Publ. : Zimmermann 1993, pl. 15.

[1] Au sujet de la variété Chalandriani, cf. Getz-Gentle 2001, p. 49-52 ; au sujet du Maître de Dresde : Getz-Preziosi 1987, p. 126-130.