Par ses contours incisifs qui rythment des formes concises, la présente statuette, plus grande que la moyenne et remarquablement bien conservée, est un magnifique exemple du type en « violon ». Ses seins bombés, qui se détachent d’un buste entièrement plat, n’en sont que plus voluptueux. En règle générale, les figurines appartenant à ce type ne sont pas pourvues de tels attributs. (Sur les quelques idoles atypiques dotées d’une poitrine, les bras sont également indiqués.)
Mais, si inhabituelle soit-elle, la double entaille en V qui se situe à la base du cou et dont la pointe trouve son espace entre les seins n’est pas unique. Une figurine de Kimolos, semblable dans sa forme à l’exemplaire Barbier- Mueller, révèle une double encolure arrondie (et une ancienne réparation sur sa tige céphalique). Une statuette inédite du Musée archéologique de Paros, de nouveau avec une silhouette similaire, présente une triple incision en V, ainsi que huit sillons abdominaux horizontaux dans la section médiane, et un large triangle pubien au bas du torse (comme la figurine de Kimolos, elle a subi, elle aussi, une réparation). Par rapport à la partie supérieure du torse – inhabituellement détaillée – de la pièce Barbier-Mueller, il conviendrait peut-être de relever l’absence de toute incision sur les sections médiane et inférieure.
Trait caractéristique, la statuette accuse un profil mince, et les fesses plates sont dénuées de toute marque. Même s’il ne s’agit que d’une pure coïncidence, la présente statuette et celle du type Plastiras (inv. 202-70) sont pratiquement de la même hauteur et font partie d’une même collection très ancienne. On pourrait dès lors se demander si elles n’ont pas été trouvées dans le même cimetière, voire dans la même tombe, et si la figurine en violon a pu aussi être exécutée par le même talentueux artiste, à savoir le Maître du Metropolitan Museum. Elle présente en effet une certaine ressemblance avec l’idole en violon associée aux plus grandes statuettes Plastiras du sculpteur (cf. inv. 202-70).
Cette figurine comporte une série de six sillons abdominaux, commençant juste au-dessous du niveau des coudes. Le corps de l’idole Barbier-Mueller conserve encore la forme fondamentale de la pièce de marbre plate comme une planche par laquelle le sculpteur a commencé. Les entailles corporelles, remarquables de par leur sobriété, évoquent les coudes et la notion de bras pliés, les hanches, et la taille de guêpe, tandis que le reste de la silhouette est resté tel quel. Bien évidemment, le plus grand défi que le sculpteur se soit lancé a été de dégager la fine tige céphalique sans la briser [1].
Publ. : J.-L. Zimmermann 1993, p. 77 et 141 (n°20).
[1] Pour des parallèles supplémentaires sur la forme fondamentale de la statuette, cf. notamment Getz-Gentle 2006, n°4 ; Thimme 1977, n°43. Pour la pièce de Kimolos, cf. Zervos 1957, fig. 56b.