L’idole « en violon » du Cycladique ancien I et la figurine aux bras repliés du Cycladique ancien II sont aujourd’hui les deux grandes icônes de la culture cycladique préhellénistique – les plus faciles à identifier comme telles. En ce qui concerne les statuettes aux bras repliés, la variété Spedos se situe à peu près au milieu de leur évolution. Nommées d’après le site d’un cimetière à Naxos, où d’intéressants exemplaires ont été découverts il y a un siècle, ces figurines sont les plus abondantes, mais aussi les plus solides et les mieux équilibrées parmi les différents types et variétés du Cycladique ancien. Elles offrent le plus grand éventail de dimensions, mais peuvent s’avérer de qualité très différente.
La statuette Barbier-Mueller est un excellent exemple de la variété du Spedos ancien. À l’exception des modèles les plus petits, ces figurines se distinguent très aisément de celles du Spedos tardif par une nette perforation qui sépare leurs mollets. La présente figure appartient à un sous-groupe du Spedos ancien, auquel je donne le nom de « style A ». Elles se caractérisent essentiellement par leur taille relativement modeste et leurs contours hardiment incurvés, mais aussi par leur profil animé, la tête rejetée en arrière et les genoux bien fléchis.
Comme bon nombre de figurines de Spedos, celle-ci semble avoir été minutieusement conçue en quatre parties égales à l’aide d’un compas rudimentaire : une partie pour la tête et le cou, une deuxième pour le torse jusqu’au milieu du ventre, une troisième s’étendant du ventre aux genoux, et la dernière comprenant les mollets et les pieds. La largeur maximale est légèrement supérieure à un quart de la hauteur. Il en résulte un ensemble dont la grâce n’a d’égal que l’équilibre.
La présente statuette est d’une longueur moyenne. L’une des caractéristiques particulièrement charmantes de la variété Spedos est la tête en forme de lyre. La présente statuette en est la parfaite illustration, grâce à la « délicatesse » de l’exécution. Mais cet effet galbé ressort d’autant plus que la pièce est en excellent état de conservation, et que les coins de la tête sont restés intacts. À l’origine, il est possible qu’elle ait été peinte avec des cheveux et des yeux bleus, voire des rangées de points rouges sur les joues. On a même pu y ajouter des symboles apotropaïques apparemment fortuits – formes oculaires, zigzags, losanges –, qui n’étaient manifestement pas faits pour durer. Ces signes sembleraient n’avoir été utilisés que lors de rituels féminins ou de rites de passage.
Cette figurine fait partie d’un petit groupe d’œuvres similaires, avec une tête en forme de lyre prononcée, des joues larges, une section centrale abrégée et divers détails indiqués par des incisions et des changements de plan. Même si elles restent de dimensions relativement modestes, elles font preuve, grâce à tous ces éléments, d’une présence indéniable [1].
Publ. : Zimmermann 1991, p. 38-39 ; Zimmermann 1993, pl. 14, p. 91, et fig. 29, p. 144 ; Barbier 2000, p. 35.
[1] Au sujet de la variété Spedos, cf. Getz-Gentle 2001, p. 35-36, 38-49 ; au sujet des parallèles non mentionnés dans Zimmermann 1993, cf. pl. 36, 37, Sotheby’s New York (12 juin 2003) lot 9 (contrairement à J.-L. Zimmermann dans cet ouvrage, je ne pense pas que l’œuvre du Maître Goulandris soit un bon élément de comparaison). Au sujet de la peinture sur les figurines du Cycladique ancien, cf. Hendrix 2003 (avec bibliographie antérieure).