Coupe à bec

Coupe à bec

Tous récipients confondus, les bols simples ont été, de loin, les modèles les plus fabriqués par les Cycladiens. Leur diamètre, qui varie de quelques centimètres à une soixantaine de centimètres, mesure généralement entre 10 et 20 centimètres. Ces bols présentent, pour la plupart, un bord épaissi ou « enroulé » vers l’intérieur, et certains d’entre eux sont dotés d’une petite entaille circulaire sur le fond pour assurer leur stabilité. À cet égard, l’exemplaire Barbier-Mueller est tout à fait caractéristique.

Le bol simple en marbre, à fonctions multiples, était probablement destiné à accueillir toute une gamme d’objets et de substances – liés aux rites et aux rituels funéraires. Mais il lui arrivait aussi de contenir ou de recouvrir d’autres éléments. Bon nombre d’exemplaires prouvent que l’on y a entreposé et mélangé de la peinture rituelle. Des bols en terre cuite à bord « enroulé » ont parfois été découverts dans des sépultures, bien qu’ils n’aient révélé aucune trace de peinture. Si l’on se réfère aux quelques fouilles effectuées dans les habitats, les bols en marbre ne semblaient pas habituellement réservés à l’usage domestique.

Plus pratique pour déverser les liquides, la coupe à bec à parois lisses est une variante du bol simple. Comme le montre l’exemplaire Barbier-Mueller, elle est souvent pourvue d’un solide tenon horizontal juste au-dessous du bord, à l’opposé du bec. Le tenon est conçu comme un pouce ou un appuie-doigt. Les dimensions de ces bols varient : les plus petits, tel un modèle minuscule inédit sans tenon, peuvent mesurer moins de 4,6 centimètres de long, et les exemplaires intacts les plus grands ont une longueur plus de quatre fois supérieure. Le récipient Barbier-Mueller, lui, est de taille moyenne.

Certaines coupes à bec portent des traces de peinture. D’autres servaient probablement à verser de l’eau ou de l’huile dans un bol simple contenant des pigments, qui avaient été broyés au préalable sur une palette. Tout porte à croire que les coupes à bec étaient aussi utilisées comme lampes à huile symboliques pour les défunts, leur bec étant destiné à soutenir une mèche.

Le bol simple a bientôt supplanté la kandila du Cycladique ancien I pour devenir le récipient le plus courant. Ce phénomène peut aisément se comprendre d’un point de vue pragmatique : la fabrication beaucoup moins ardue était d’autant plus rapide. En revanche, il est moins évident d’appréhender cette évolution du point de vue de la fonctionnalité, car, au Cycladique ancien I, la kandila et le bol à tenons n’avaient pas le même usage.

Plusieurs facteurs sont à considérer. Dès que les statuettes du Cycladique ont commencé à être peintes, les détails sculptés ont été progressivement abandonnés, et la kandila monovalente, dont l’exécution nécessitait beaucoup de travail, est peu à peu passée de mode. Bon nombre d’objets découverts dans le contexte du Cycladique ancien II semblent liés à la peinture cosmétique, soit sur les idoles, soit, comme il paraît plausible, sur la personne défunte, voire les deux. Parmi ces artefacts, le bol simple a probablement été considéré comme plus utile que la jarre de stockage, pour la bonne et simple raison qu’il remplissait plusieurs fonctions : il pouvait contenir de l’eau, mais aussi des pigments et de la peinture [1].

Publ. : Zimmermann 1993, fig. 10, p. 137.

[1] Au sujet des bols simples du Cycladique ancien II, cf. Getz Gentle 1996, p. 99-105 ; pour les coupes à bec : p. 109-112.