Pot à proverbes

Pot à proverbes

Associé aux cérémonies funéraires, cet exemplaire, antérieur au 20e siècle, fait certainement partie des pièces les plus raffinées de ce genre de poterie akan. Il s’agit ici d’un pot à proverbes (abebudie ou abebu kuruwa) [1]. Ce récipient, dont le long col évoque celui d’un flacon, pourrait avoir servi à contenir de l’eau. Toutefois, ses ornements figuratifs très élaborés donnent à penser que ses fonctions n’étaient pas seulement utilitaires. De tels vases servaient avant tout à des fins funéraires, dans des sites éloignés de la maison. Il pourrait ainsi avoir constitué la pièce centrale d’un ensemble de poteries qui accompagnait les portraits en terre cuite durant les secondes funérailles d’un roi akan ou d’une personne de haut rang. Morphologiquement, le long col inhabituel du récipient et la large panse carénée participent à la double fonction du vase : en tant que récipient pour une offrande de liqueur à l’esprit du défunt, préservée par un lourd bouchon sculpté ; mais aussi comme porteur de message. Un autre exemplaire de ce style de récipient se trouve dans la collection du Smithsonian’s National Museum of African Art [2]. Les deux vases partagent de nombreuses caractéristiques, notamment le large carénage de l’épaule, le col allongé, le bouchon très décoré et une panse couverte d’images figuratives. Même les motifs choisis dénotent une ressemblance frappante. La décoration extérieure, qui comprend des bandes de lignes agencées en une série d’arcatures et de points imprimés, ainsi que des descriptions d’animaux et d’objets de culture matérielle, témoigne d’un vocabulaire visuel commun, et suggère peut-être un seul et unique auteur. Pour pouvoir apprécier les messages inscrits sur ce pot, il faut prendre en considération la manière dont il était destiné à être exposé. L’épaule carénée presque à l’horizontale offre une place idéale pour inscrire les messages énigmatiques. Cet emplacement des motifs figuratifs les rend immédiatement accessibles à l’observateur qui surplombe l’objet. Alors qu’un pot à proverbes est censé faire visuellement référence à l’unité et à l’identité sociale d’une famille, c’est la manière dont il exploite l’iconographie des proverbes qui explique son importance dans la culture commémorative akan. En général, cette imagerie complexe communique les croyances akan sur la vie, la mort et la famille. De même que l’exemplaire du Smithsonian, celui du musée Barbier-Mueller présente le motif de l’échelle, immanquablement associé au proverbe owu atwedee baako nfro (« l’échelle de la mort n’est pas faite pour une seule personne », en d’autres termes, personne n’échappe à sa destinée). Le serpent python enroulé autour de la section inférieure du col semble renforcer cette notion de mort [3]. Cependant, lorsqu’un animal se voit attribuer une telle importance dans l’ornementation d’un pot, il est susceptible de se prêter à de multiples interprétations. Il peut également représenter un symbole culturel ou un totem clanique [4]. L’absence de toute référence visible à l’autorité politique dans le symbolisme de ce pot est intrigante. Il est donc permis de s’interroger sur l’identité de la famille qui a commandé le récipient, et sur la personne qu’il était censé commémorer. Comme pour les portraits en terre cuite, nous n’avons aucun moyen de savoir dans quelle mesure le changement de commanditaires au 19e siècle a pu affecter l’ornementation de la poterie funéraire. Néanmoins, l’évocation des poids d’or akan, des graines de cacaoyer ou du jeu d’oware, dont le plateau comprend douze trous, peuvent constituer de subtiles allusions à la richesse. Il est possible que la poterie figurative soit devenue, plus que la sculpture, un moyen pour la nouvelle élite de partager cet art commémoratif, sans pour autant bafouer ouvertement une prérogative royale sur le portrait en terre cuite. Enfin, le recours de l’artiste aux graines de cacaoyer et aux poids d’or constitue un éventuel indice de la date de création du récipient. Ces deux motifs attestent de la lente évolution du système commercial précolonial fondé sur le troc (symbolisé par les poids en or), vers l’économie coloniale reposant sur la monnaie, introduite par les Anglais à partir de la fin du 19e siècle.

[1Cf. Rattray 1927, p. 304.

[2Cole et Ross 1977, pl. 119-120 ; Selections from the Collection of the National Museum of African Art, 1999, pl. 30.

[3Selon Rosalyn Walker (1974, p. 21), qui cite Sarpong, dans Selections from the Collection of the National Museum of African Art (1999, p. 51, pl. 30), le motif du serpent représente le proverbe « l’arc-en-ciel de la mort (python) entoure le cou de chacun ».

[4Chaque individu akan appartient à l’un des sept principaux clans matrilinéaires, cette affiliation dépassant les frontières sociales, politiques et territoriales. Les membres de chaque méta-clan croient en leur relation spirituelle avec un animal particulier.