Jarre couverte de protubérances

Jarre couverte de protubérances

Cette jarre massive à large ouverture présente un décor original couvrant toute sa surface. Il s’organise en protubérances hémisphériques alignées verticalement en séquences de quatre. Ces excroissances d’argile ont été accolées au corps du récipient humide. Une fois sec, celui-ci a été recouvert d’un engobe rougeâtre (poudre de latérite). Ce récipient a retrouvé une identité grâce à l’enquête menée en février 2008 par l’anthropologue Danouta Liberski-Bagnoud, auprès des habitants de Kaya, village proche de la célèbre concession royale de Tiébélé. D’après Liberski-Bagnoud, la majorité des poteries présentes en pays kasena seraient en réalité l’œuvre de potières nankana, à l’exemple de ce type de jarre auquel on attribue, chez les Kasena, des usages ordinaires aussi bien que rituels. Désignée par le terme gwal’wura, « pot du Moose », elle est habituellement utilisée pour la macération, durant toute une journée, des fruits et des feuilles du tamarinier. L’eau aigre obtenue, une fois filtrée, entre dans la préparation du gâteau de mil (gulè). Le même type de récipient est néanmoins très recherché pour les pratiques rituelles : on y macère des plantes et des racines composant certaines « médecines » dites lìrì (littéralement « ce qui s’avale »). Dans ce cas, le nom gwal’wura est remplacé par nanywamwura, « pot de l’eau amère », et c’est sous ce terme que ce pot est associé notamment à la préparation d’une « médecine » liée au serpent boa (di), l’animal sacré. Malheureusement, aucun indice n’a pu être glané sur la symbolique du décor de cette jarre. Quelques femmes ont suggéré une relation avec certains motifs peints sur les murs des maisons, comme la décoration « étoiles » ou « sepaa », un jeu de stratégie d’origine anglais, importé du Ghana.