Tabouret de dignitaire

Tabouret de dignitaire

Ce tabouret prestigieux igbo, rigoureusement sculpté de motifs ajourés (Boston 1977), met l’accent sur la tension géométrique entre les quatre formes arquées reliées au sommet, que l’on retrouve liées à la base en position inverse. Ces deux ensembles sont structurellement liés par quatre entretoises de bois faisant saillie dans quatre directions différentes. Cette rigueur structurelle résultant de la disposition de formes élémentaires est d’une esthétique exquise.

Lorsqu’il a été demandé à un aîné titré d’Orumba, au sud d’Onitsha, de commenter les fonctions de ce tabouret et de ses variantes, il remarqua simplement qu’il s’agissait d’un objet de prestige. En termes politiques, un homme détenteur de titre a une position sociale aussi stable que la colonne de bois (ide bu uno) qui soutient sa maison de réception obu et son tabouret.

Selon Mazi Ufélé de Ndikelionwu, le tabouret de titre est echichi, c’est-à-dire qu’il permet de prendre possession d’un titre en tant que fierté personnelle. L’intégrité sociale d’un porteur de titre se reflète dans la facture élaborée de son tabouret. Mazi Ufélé souligne que la qualité d’élaboration de sa structure, ainsi que l’ornement complexe de sa surface, sont de bons indicateurs de l’accomplissement du statut. Un autre porteur de titre, Nze Ochilu Ozua dit qu’un homme au titre ozo très respecté porte deux plumes d’aigle blanches (Ugo Nabo, qui est aussi un nom de titre) indiquant l’importance de son statut. Son titre se reflète dans la qualité remarquable de l’objet sculpté. Pour Okonkwo Ezeora, les motifs géométriques sur la base du tabouret ressemblent à ceux qui décorent les portes sculptées et les panneaux (azu) d’entrée des maisons igbo (mgbo ezi). Ils sont représentatifs de l’accomplissement social d’un homme.

Selon lui, le tabouret de porteur de titre a un poids sur le plan de la symbolique sociale et de l’esthétique. « Quand quelque chose se tient debout, dit-il, quelque chose d’autre à côté tient également debout. » Cela répond à une idéologie sociale selon laquelle un homme et son tabouret de titre partagent une identité commune car ils relient le social, l’esthétique et la symbolique politique.

Un autre ancien titré, Eze Ifeachi, a dit, au sujet des motifs décoratifs de ce tabouret, que le décor en zigzag du bord du tabouret correspond au motif du serpent python appelé iji agwo, ou simplement, la spirale du serpent python. Les Igbo disent : Okirikiri bu iju agwo, que l’on peut traduire par « l’ondulation du serpent [python] est un mouvement cyclique », impliquant que le tabouret de titre occupe une place importante dans la vie igbo (Sieber 1987). À la question de la correspondance entre le modèle du tabouret et le prestige du titre, il pensait que la richesse du commanditaire déterminait ce que l’on pouvait obtenir du sculpteur.

En effet, il existe une corrélation entre la richesse, la beauté, le prestige et le niveau esthétique de la production artistique, qui inclut les autres facteurs liés à la symbolique sociale et politique de ces tabourets. Cependant, lorsqu’un tabouret s’use, les relations s’inversent ; sa beauté s’amenuise alors que sa symbolique politique et son prestige prennent plus d’importance.

Bref, ces considérations nous permettent de réunir des éléments de réponse quant à l’importance de l’accomplissement personnel et du statut qui sont étroitement liés aux tabourets de titre dans l’esthétique et l’univers social igbo.