Tabouret à quatre pieds et plateau incurvé

Tabouret à quatre pieds et plateau incurvé

Un siège bongo se reconnaît au premier coup d’œil : les quatre pieds à la courbe continue se terminant par un sabot franc, leur disparition dans l’épaisseur du siège concave, la force extraordinaire que le « nez » confère au niveau inférieur du siège même. Tous ces éléments nous permettent, d’une part, d’identifier immédiatement l’ethnie d’origine et nous révèlent, d’autre part, le talent de ces artisans créant dans un contexte où leur art était apprécié.

Car c’est ainsi qu’était la société bongo à la première moitié du XIXe siècle, quand Schweinfurth, Antinori et Piaggia, comme tant d’autres voyageurs aventureux, traversèrent leur territoire, la région occidentale du Sud du Soudan. Mais quelques années suffirent pour que ce paysage idyllique se brisât : des hordes esclavagistes firent irruption dans les villages, signes précurseurs d’une modernité faite de fusils et de maladies, de pillages et de violences. Alors que les derniers objets prirent la route vers Khartoum puis vers l’Europe, une partie de la population ayant fui les villages en feu trouva refuge auprès des Zande du Sud encore insoumis.

Schweinfurth a remarqué qu’à l’époque, les sièges de ce type, appelés hegba, étaient utilisés par les femmes ; leur forme a été rattachée par quelques auteurs à celle des bovins, idolâtrés par des populations telles que les Dinka ou les Shilluk du Sud du Soudan. Mais c’était oublier que les Bongo n’avaient rien de commun avec ces peuples, pas même une économie pastorale. Si la forme de ces sièges se prête à de telles conjectures, c’est qu’il faut reconnaître que les artistes bongo ont réalisé une forme d’un tel équilibre esthétique que, même pour des observateurs aussi distants du point du vue temporel et géographique, elle semble renvoyer à des formes naturelles, sources premières du plaisir plastique.