Tabouret à motifs géométriques sur le plateau et la base

Tabouret à motifs géométriques sur le plateau et la base

Les tabourets ne sont qu’une des nombreuses formes d’insignes complexes de pouvoir développés au sein de la société de rang ozo du Centre-Nord du pays igbo (Nigeria). Bracelets de cheville, ornements de laiton, chapeaux, cannes, tissus, défenses d’ivoire et bâtons de toutes sortes affichent le rang des hommes titrés au sein de la société et des organisations qui lui sont apparentées, créant ainsi un réseau d’affiliation au-delà des différences régionales. L’acquisition d’un titre implique un parrainage sous la forme d’un festin, de paiements en liquide, et d’une distribution d’espèces, si bien qu’aujourd’hui, les titres sont plus un reflet de la richesse que de vertus morales, critères indispensables dans le passé pour devenir membre de la société.

Les tabourets répondent à des réglementations locales qui établissent un rapport entre des titres particuliers et des modèles précis, si bien qu’il est difficile de justifier toute généralisation. Mais le modèle le plus répandu reste le tabouret ajouré comme celui présenté ici. Il serait intéressant d’imaginer que la multiplication des titres hiérarchiques des ozo ait pu conduire à une multiplication des modèles de tabourets si bien que, fabriqués en plusieurs exemplaires, les modèles à plusieurs niveaux sont plus récents mais ne sont pas plus prestigieux que les modèles plus simples.

L’un des éléments remarquables de ce type de tabourets est la présence d’une décoration faite de lignes incisées parallèles, comme on le voit clairement sur l’exemplaire de la collection Barbier-Mueller. En menuiserie, il s’agit d’une spécialité des sculpteurs awka, bien que cette décoration ne soit pas limitée à cette région. Elle fait juste partie d’un vocabulaire igbo très répandu, utilisé à la fois en poterie et sur le corps humain. Des lignes semblables appelées ichi étaient traditionnellement scarifiées sur les visages des hommes, surtout sur le front et les tempes, et recouvraient les insignes de pouvoir ozo. L’acquisition de ces marques impliquait une grande douleur et conférait un prestige à la mesure de cette épreuve. Elles sont représentées, d’une façon démesurée, sur les anciens bronzes d’Igbo Ukwu (Xe siècle) des régions généralement associées à la royauté divine de l’Eze Nri. Il semble qu’une fois encore, les racines d’une technique décorative africaine sophistiquée se réfèrent à la source d’inspiration la plus négligée – le corps humain et les arts qui lui sont associés.