Siège sur un léopard tenant dans sa gueule un animal à cornes

Siège sur un léopard tenant dans sa gueule un animal à cornes

Installés au centre de la Côte d’Ivoire, les Baule ont su intégrer et fondre dans leur art, avec les apports autochtones, les influences de leurs ancêtres supposés, venus, selon la tradition orale, de la partie orientale du pays, voire du Ghana. D’où chez eux, encore aujourd’hui, une valorisation certaine de tout ce qui provient de l’Est.

Un tel modèle de siège est fort répandu parmi les Asante, au Ghana, mais aussi au sud-est de la Côte d’Ivoire, chez les peuples lagunaires, et chez les Agni (où, comme chez les Baule, il est nommé bia), les Akye (qui l’appellent meschia). Les sculpteurs baule l’ont inclus très vite dans leur panthéon, et ils le nomment, le plus souvent, ulimbi bia, siège royal. En 1989, plusieurs Baule à qui j’avais montré des photographies de ce siège m’avaient dit que cette pièce pourrait provenir de la région de Toumodi, c’est-à-dire de la fraction faafue du groupe baule.

Ce type de siège existe-t-il depuis longtemps ? C’est peut-être depuis le XIXe siècle surtout que les sculpteurs en ont créé de nombreuses variantes, à partir d’un modèle initial : une figure zoomorphe sur ses quatre pattes, soutient un plateau incurvé et tient dans sa gueule un autre animal, plus petit. On notera cependant ici une innovation : la panthère géante (symbole du monde de la brousse, de la nature), de la dimension d’une souris, porte sur son dos, non pas un simple plateau incurvé, comme c’est parfois le cas, mais un vrai siège akan (de type dwa) intégralement constitué (symbole, lui, naturellement de la vie sociale) et qui, parfaitement sculpté, donne l’illusion d’être simplement posé sur le dos de l’animal. Qu’on admire toutefois la prouesse du sculpteur, qui est parvenu à faire surgir, d’une seule pièce de bois, des éléments apparemment si hétérogènes, et qui, par son art, impose une impression de compacité alliée à la combinaison, voire la juxtaposition, des parties constitutives.

Peut-on parler, à cet égard, de « tabouret-proverbe » ? Même si un tel sujet est souvent représenté dans les poids à peser l’or, les Akan, en général, y compris les Baule, n’envisagent pas leurs sièges comme tels. De 1974 à 1976, je leur avais souvent posé la question, et la plupart des interlocuteurs restaient très évasifs à ce sujet, mais insistaient, bien sûr, sur l’idée d’autorité représentée par un tel siège, sur les images d’ascendant, d’ordre et de soumission qu’il véhicule, mais aussi sur l’évocation d’un trophée de chasse.

Qu’on ne se leurre pas toutefois : bien que beaucoup de ces sièges aient une évidente fonction ostentatoire, tous ne sont pas des insignes d’un pouvoir élevé. Certains ont été sculptés pour des personnes qui, au soir de leur vie, entendaient ainsi témoigner de leur existence, de leur rang, de leur place dans la société villageoise.