Siège monoxyle à quatre pieds coniques

Siège monoxyle à quatre pieds coniques

Les Senufo, tout au moins ceux de Côte d’Ivoire, possèdent quatre types principaux de sièges. La prestigieuse chaise en deux parties yatenzalaga, la chaise faite de parties assemblées, suivant un modèle malinke, lui-même inspiré de chaises d’Afrique du Nord copiées sur des modèles européens, et les tabourets d’usage usuel, dont il existe deux types nommés indistinctement kolo : un petit siège rond aux pieds plus larges à la base qu’en haut et un tabouret plus grand, dont le plateau incurvé a une forme plus ou moins ovale, posé sur deux pieds de forme « conique », que l’on a parfois comparés avec audace à des seins féminins, sans aucune preuve. Les deux sortes sont taillées dans des bois lourds, prenant une patine foncée quand ils ont un usage limité à la maison, au village, et claire, voire délavée, quand les femmes s’en servent pour aller laver le linge sur leur plateau, dans la rivière, où leur poids les empêche d’être entraînés par le courant.

Les kolo du type de celui reproduit ici se trouvaient encore en grand
nombre dans les villages senufo à la fin des années 1980. L’auteur en a photographié un amoncellement étonnant chez un brocanteur de Korhogo (cette photo a été publiée par Bocola 1994-1995 : 21, fig. 20). Timothy F. Garrard, sans doute le meilleur connaisseur des groupes senufo situés dans le triangle Korhogo- Dikodougou-Odienné, dit qu’on les appelle aussi, dans cette région, yateneg ou kateneg ; les Pallaka les nomment ngbono, les Tagbana atyo’on et les Djimini jongon. Le même ethnologue précise que ces tabourets sont utilisés par tous les membres d’une communauté, qu’ils sont d’usage domestique et sans signification rituelle ou religieuse (Garrard in Barbier 1993, 2:40).

On peut se demander si les propagateurs du culte massa, qui causa tant de ravages vers 1950 chez les Senufo, obligeant ceux-ci à se convertir à une religion syncrétique inventée par un prophète et à se débarrasser de leurs objets de culte ancestraux, exigèrent aussi la destruction de meubles traditionnels, dépourvus de connotation cultuelle.

En effet, une photographie prise par le père Clamens, surnommé Kulaseli, permet de voir un monceau de récipients et d’objets d’autels, et à l’arrière-plan, des personnages parmi de nombreux sièges kolo. Ceux-ci étaient-ils voués au bûcher, ou servaient-ils de sièges aux spectateurs ? La question reste ouverte.