Siège à base circulaire unique

Siège à base circulaire unique

Les Baule, situés à l’intersection des zones stylistiques mande et akan, ont su, plus que d’autres peuples qui sont leurs voisins, intégrer des modèles plastiques divers et élaborer des formules nouvelles, sans jamais se sentir dominés par le despotisme de la copie fidèle, ou par le procédé ; mais toujours, ils se sont efforcés de créer un style, fortement défini. Leurs masques l’attestent avec éclat, et, tout aussi bien, quoique de manière plus retenue, leurs meubles quotidiens.

Ainsi, ce type de siège monoxyle était naguère relativement répandu sur les deux rives du fleuve Bandama. D’après les Baule que j’avais interrogés il y a une trentaine d’années, à travers l’ensemble de leur région, il proviendrait du secteur de Tiébissou, et serait d’origine aïtu ou nanafue. En effet, il est assez proche, par sa construction, de certains sièges encore largement en vigueur chez les Yaure, bien que le plateau rectangulaire (et non circulaire comme chez ces derniers), le choix d’une seule colonne, ainsi que les motifs ornementaux, l’apparentent, de manière décisive, à un modèle akan. C’est là une option stylistique déterminée, avouée, résolue.

Cette volonté de se rattacher, par la plastique, à un héritage venu de l’est du pays, voire du Ghana – héritage valorisé, tenu pour prestigieux, héritage dont chacun, en pays baule, est fier – témoigne de l’importance que les Baule accordent à ce modèle de siège. Aussi, lorsqu’il possède une fonction sociale importante, lorsqu’il appartient à une notabilité, les Baule l’appellent ulimbi bia, siège princier ou siège royal.

Décoré de motifs abstraits très discrets, celui qui est présenté ici offre une parfaite réussite plastique, un étonnant sens de l’équilibre et du contraste, fait de sobriété et d’harmonie organique : à son socle rectangulaire, plutôt réduit, comme pour mieux souligner un effet d’envol, répond, en écho, un plateau de même forme, mais beaucoup plus large ; incurvé aux deux extrémités, percé de trous décoratifs, il est soutenu, dans l’unité d’axe, par un seul pilier central cylindrique, rétréci au sommet et à la base, mais bombé au centre, où une double ligne de dentelures souligne le renflement. Autant d’éléments qui, dans leur distribution, marquent un sens de la plénitude jamais fragmentée ou rompue, fondée sur l’alternance du continu et du discontinu, alliée à une idée du mouvement, ce qui montre bien que le sculpteur, intuitivement, voit les volumes par les plans, par les arêtes, tout en tendant à la densité, à l’unité.

Ainsi, l’ensemble sculpté se trouve soumis à la masse architecturée, à une ordonnance, à une rigueur de la symétrie, dont le principe réside à la fois dans la réduction à l’unité du bloc et dans une continuité rythmée. Le siège obéit de la sorte à une organisation qui enserre les parties, et c’est à l’intérieur de cet ensemble fortement construit que les éléments se meuvent avec liberté. Autant d’éléments qui pourraient nous permettre de percevoir l’art des Baule comme une interprétation de l’espace, voire comme un véritable art de penser.

Dans certains villages baule, il existe encore un sculpteur expert dans la fabrication de ces sièges, bien qu’aucune spécialisation ne soit vraiment requise : l’artisan responsable est le plus souvent celui qui taille les masques et les statuettes.