Chaises pliantes de dignitaires

Chaises pliantes de dignitaires

Le musée Barbier-Mueller possède plusieurs chaises pliantes akonkromfi à dossiers ajourés de façon élaborée et plaqués de laiton. Ce type de siège était fabriqué selon des modèles utilitaires importés, et probablement bien moins soigneusement ornementés que ceux qu’utilisaient les militaires coloniaux et les administrateurs civils en Afrique. Tandis que Doran Ross note que akonkromfi signifie « mante religieuse », Alex Kyerematen les appelle mnamu ou « chaises de repos » car nna signifie littéralement « dormir » (Ross 2002 : 54). Le Musée national à Accra les inventorie simplement sous « chaises de chefs ».

La surface des sièges akonkromfi est en cuir ou en peau tendue au-dessus d’un tressage de bandes de cuir ou de peau qui la renforce. Les dossiers sont sculptés en motifs ajourés et imbriqués et sont souvent ornés de clous de tapissier. Il en va de même pour les pieds et les traverses qui relient, à l’avant et à l’arrière de la chaise, deux paires de montants croisés. La traverse de la chaise la plus petite sculptée avec virtuosité, évoque le « nœud du sage », une icône de l’unité asante, leitmotiv que l’on retrouve sur de nombreux tabourets.
Les akonkomfi et les hwedom sont plus grands et comportent plus de décors sculptés que les asipim, comme le fait remarquer Matha Adu Acheampong, conservateur du Ghana National Cultural Centre de Kumasi.

Sur d’anciennes gravures et photographies, dans la plupart des cas, l’aristocratie asante est assise sur des chaises pliantes akonkromfi. Une photographie prise par une des premières spécialistes de la culture asante, Eva Meyerovitz, montre le roi récemment intronisé, Osei Agyeman Prempeh II (r. 1931-1970) assis sur sa célèbre chaise okodeé (kodié) dont le motif central du dossier représente un aigle, symbole de la force. Les
accoudoirs de cet akonkromfi sont en forme d’aigles et deux aigles tournés vers l’intérieur forment des terminaisons (ntuative) de chaque côté du dossier.

L’exemplaire de la collection Barbier-Mueller reproduit ci-contre sur la gauche est très proche : des clous de tapissier recouvrent le dossier de cuir et forment un motif imitant les ajours complexes des autres chaises akonkromfi, et deux lions de laiton, comme les deux aigles de la célèbre chaise de l’Asantéhéné (roi des Asante), jouent le rôle de figures gardiennes. La différence réside dans le fait que les aigles de la chaise de Prempeh II ont été coulés en laiton alors que les lions de l’exemplaire du musée Barbier-Mueller ont été découpés, embossés et fixés sur un cadre de bois. Dans les deux cas, les sujets animaliers de laiton terminent le dossier et en même temps auréolent la tête de la personne assise. Des boutons hémisphériques de laiton marquent les bords du siège, des pieds et des traverses. Les deux extensions métalliques en forme de bobines tournées et dotées d’un pas de vis fileté font saillie des deux côtés de la chaise. Leur fonction, outre d’être décorative, est incertaine. Les lions, le dossier décoré avec élaboration et ces ornements font de cet akonkromfi un exemple remarquable de l’artisanat asante.