Chaise

Chaise

Cette chaise a été reproduite et dotée d’une légende par Timothy Garrard (Barbier 1993, II : 39). Il indique son nom vernaculaire kafwokonkôlô. Il dit de ces chaises qu’elles ont « pu être à l’origine inspirées par celles [des] administrateurs coloniaux français », explication souvent donnée pour d’autres chaises non monoxyles d’autres régions de la côte d’Afrique occidentale et équatoriale. Selon des informations recueillies chez des vieillards en pays senufo, il semblerait qu’elles aient plutôt été inspirées par les chaises fabriquées par les Malinke, voisins au nord-ouest des Senufo, qui entretenaient des contacts commerciaux étroits avec ces derniers.

Garrard analyse le style des statuettes féminines formant les pieds antérieurs du siège, et celui des oiseaux (remarquablement stylisés) qui composent le dossier, pour dire que cette pièce pourrait être originaire de Mbengué, au nord de la Côte d’Ivoire. Garrard et Anita Glaze sont deux auteurs qui ont constamment tenu compte des différences culturelles ou cultuelles existant entre différents groupes formant le peuple senufo. Ce siège pourrait être issu des groupes tagbabélé ou pongabélé.

Or la société initiatique des hommes, le poro, n’est pas organisée de la même manière chez les Kafibélé, les Tyébara ou les Tagbabélé, pour ne citer que trois groupes indiqués sur la carte de la page 10 du tome II de l’ouvrage cité plus haut. Certains objets de fonction rituelle existent dans un groupe et sont ignorés dans un autre. Les extrapolations ne sont pas seulement dangereuses : elles sont la source de confusions, d’erreurs importantes.

Ainsi il est possible qu’un tel meuble n’ait servi jadis qu’à souligner le prestige de son propriétaire chez les groupes les plus proches des Malinke, donc vivant entre Boundiali et Odienné, région que l’auteur a visitée superficiellement. Au cours du XXe siècle, chez les Tyébara, à la fin des sept années d’initiation au poro, lors de la cérémonie dite kafwo, un homme devait recevoir une « belle chaise », en cadeau, de sa femme, ou s’il n’était pas marié, d’une sœur, ou encore de sa promise.