Chaise articulée en deux parties

Chaise articulée en deux parties

Les sièges formés de deux simples planches entrecroisées sont attestés chez divers peuples de Côte d’Ivoire (Garrard in Barbier 1993, 2 : 39). Seuls les Senufo, à une époque sans doute peu reculée, ont eu l’idée de fabriquer de tels modèles, avec un dossier « en cuiller » terminé par deux pieds pointant vers l’avant, et un siège muni d’une longue partie plate et ajourée formant en fait un tripode.

Dans les dernières décennies du XXe siècle, on pouvait observer les chefs
de villages, ou personnages de haut rang, assis sur de telles « chaises », souvent de grandes dimensions, celui qui est présenté ici étant de taille particulièrement réduite.

Depuis quelques décennies ces « sièges prestigieux » sont souvent décorés, au dos du dossier, de lézards, ou de crocodiles surtout, et parfois d’autres motifs. Ceux qui sont fabriqués par les ateliers alimentant aussi bien les villages que les circuits commerciaux privilégient de tels ornements en relief, qui contrastent avec la belle simplicité des plus anciens meubles.

J’ouvre ici une parenthèse : peut-on qualifier de falsification, ou de « pièce commerciale », une sculpture traditionnelle acquise par un villageois et utilisée de façon traditionnelle, si elle provient d’une série presque entièrement vendue, après avoir été recouverte d’une patine imitant le grand âge, à des « antiquaires » locaux ? La réponse, crois-je, est : la sculpture est un document ethnologique authentique, mais le seul fait qu’elle a été produite à la chaîne l’éloigne d’un style créé par de patientes mains. Ce n’est pas une « œuvre d’art africain », aux yeux du collectionneur-connaisseur. Néanmoins elle a sa place dans un musée d’ethnographie.

Il semblerait que ces « chaises articulées » ne soient pas en usage chez les Senufo du Mali, les Minianka, dont les coutumes diffèrent de celles de leurs parents résidant en Côte d’Ivoire. On retrouve, curieusement, le siège fait de deux planches entrecroisées, en Afrique Centrale, sur une photo prise au Congo belge avant 1958 [1].

[1Voir l’ouvrage Congo Belge et Ruanda-Urundi. Guide du Voyageur, Infor-Congo, 1958. L’atelier représenté donne le sentiment d’avoir une vocation commerciale.