Statuette féminine

Statuette féminine

Douze peuples de Côte d’Ivoire, appelés de manière désinvolte « lagunaires », vivent au sud-est du pays – bien qu’ils soient loin de tous habiter près des lagunes. Ils possèdent des statuettes de divination comme celle-ci, chargées de transmettre des messages, venant d’êtres surnaturels, jusqu’aux vivants.

Contrairement à ce qu’affirment des personnes qui n’ont jamais vu la région [1], l’usage de ces statuettes ne s’est pas perdu au début du XXe siècle. Le culte est encore en vigueur, comme j’ai pu le constater en 1983-1984, 1989, puis 1998, dans plusieurs villages. Pour ce qui concerne le peuple que je connais le mieux, les Atyie (parfois écrit Akye), surtout dans la région d’Anyama (où, du reste, il n’existe pas de masques), devineresses et guérisseuses détiennent encore des statues identiques à celle-ci, quoique infiniment moins raffinées, désormais peintes de couleurs vives. La figure porte un nom de la vie courante (api ou yapi chez les Atyie). La statuette que j’ai le mieux connue, à Anyama, se nommait Nkpasopi (nkpa voulant dire statuette, et Sopi désignant le nom d’une femme). On lui offrait régulièrement un œuf cuit, coupé en deux. Celui qui vient en consultation se place près d’elle, sans que l’objet joue vraiment un rôle déterminant. Il reste que cette pièce, très ancienne, est un exemple étonnant des proportions symboliques, hiérarchisées, qui régissent l’art africain.

Le contour comme la silhouette ont autant d’importance que les formes partielles : jambes courtes, membres bombés, buste cylindrique surmonté de seins coniques s’opposant aux hanches larges, bras alignés aux muscles apparents, avec des courbes comprimées. Et des mains qui s’amenuisent ? Sont-ce des anomalies ? Plutôt des conventions figuratives, pas plus étranges que celles qui ont régi l’art grec. L’œuvre, massive et pleine, proche du bloc initial, a une densité stable, facilitant le transport pour les consultations, mais la suprématie du cylindre n’entraîne pas une compacité excessive, grâce aux parties évidées entre les bras et le torse. L’attrait de cette œuvre provient aussi de son collier, formé de disques de laiton, donnant l’illusion de l’or, et fondus à la cire perdue, alors que la ceinture est constituée de perles de verre importées, qui décoraient, en Côte d’Ivoire, uniquement les statues d’importance. [2]

Note de l’éditeur :
Josef Mueller croyait se rappeler que cette statuette était l’une des premières qu’il avait acquises après son installation à Paris, avec une autre figurine ebrie. Ce peuple, qui occupe la région d’Abidjan et de ses banlieues, n’a plus de statuaire en bois, au contraire d’autres « lagunaires », mais il continue à pratiquer la fonte à la cire perdue pour créer des bijoux en or (à très bas titre), indispensables pour accéder à un rang supérieur pour les hommes.

[1Voir Féau 1989, p. 53.

[2Voir Boyer, « Les perles de verre, appelées “boama”, sur une statuette de divination des Baoulé », dans Boyer 2007a, p. 217.