Statue funéraire

Statue funéraire

Depuis des millénaires, la côte orientale de l’Afrique est une zone de contacts entre des peuples venus de l’océan Indien – Inde, Indonésie – et même de Chine. Dans leurs migrations vers le nord, le long de la côte depuis le Zambèze, les populations autochtones bantoues ont été très influencées par ces contacts, comme en témoignent les multiples similitudes que l’on observe dans la langue, le mode de vie ou le régime alimentaire. Même au niveau de la culture matérielle, la transmission a été effective (et à double sens) ; on le voit dans l’habillement, les instruments de musique et des objets cultuels comme les poteaux funéraires.

Si on se limite à la partie orientale du continent, les monuments funéraires n’existent que dans les villages konso du sud de l’Éthiopie, mais, autour de la Tanzanie, ces monuments sont courants dans la région des Mijikenda, sur la côte du Kenya. Cependant, ils présentent des structures tellement différentes selon les lieux que poser la question de leurs similitudes n’est qu’une manière d’imposer nos propres catégories.

Jadis, les villages zaramo n’abritaient qu’un ou deux clans matrilinéaires. Les cimetières des clans, dans la forêt proche du village, étaient parsemés de tombes dont chacune était reconnaissable à ses poteaux en bois, car les familles s’y rendaient au moins une fois par an pour communiquer avec leurs ancêtres. L’ancêtre que l’on vénérait était la grand-mère, ou tumbu, ou encore le sein maternel dont chacun est issu. L’islam et, plus récemment, le christianisme ont exercé une profonde influence sur les Zaramo, et des statues masculines apparaissent désormais à côté des statues féminines. Aujourd’hui, les tombes en ciment ne portent plus de signes figuratifs mais seulement quelques mots, en caractères arabes ou latins, qui permettent d’identifier le défunt [1].

La sculpture illustrée ici montre les signes de l’âge (la barbe et l’absence de cheveux), la profession (la hache sur l’épaule et le coutelas évoquent un agriculteur) et le niveau de richesse, marqué par le ceinturon bien visible et par le pot tenu à la main [2].

[1Les poteaux en bois étaient sculptés par un homme du clan, auquel on confiait la tâche de représenter l’ancêtre. Il devait intégrer dans sa statue divers symboles afin de rendre la tombe identifiable. Pour une femme, ces symboles étaient généralement liés à la fécondité. Du fait de ce caractère symbolique, il n’est pas étonnant de trouver une grand-mère représentée sous les traits d’une jeune femme, dans la fleur de l’âge, portant une cruche d’eau.

[2Ce traitement apparemment naturaliste de la figure s’explique peut-être par les contacts avec les Kamba, arrivés dans la région des Zaramo avec les troupes britanniques durant la Première Guerre mondiale. Les traditions orales des Kamba et
des Zaramo se rendent mutuellement hommage du fait que chacun des deux peuples reconnaît à l’autre une supériorité en matière de sculpture.