Statue féminine

Statue féminine

Femme agenouillée à la poitrine généreuse, scarifications sur les joues, colliers autour de la poitrine et des reins, bracelets qui enserrent les poignets et les bras, une très fine coiffure, autant d’éléments qui se retrouvent dans de nombreuses statuettes féminines baga (Guinée-Conakry) et qui, toujours, symbolisent la beauté essentialisée des femmes de la région. Utilisées la plupart du temps comme caryatides de tambours [1], ces sculptures sont très certainement liées aux associations féminines qui florissaient jadis dans le Bagataye (la région baga) et qui poursuivent jusqu’à ce jour leurs pratiques rituelles. Sans tambour, leur fonction demeure toutefois obscure.

L’existence de sociétés de femmes en Guinée maritime est très mal documentée et il est hautement délicat de se livrer à des généralisations d’un sous-groupe baga à l’autre. Dans le pays bulongic (l’un des sous-groupes), où j’ai effectué mes recherches, de nombreuses femmes se retrouvent occasionnellement dans le cadre d’une organisation rituelle portant le nom de kèkè. Les vieilles racontent qu’auparavant il fallait avoir eu un enfant pour faire partie de l’association.

Aujourd’hui, toutes les femmes bulongic ou mariées à un homme bulongic peuvent prendre part aux cérémonies de l’organisation, sans initiation aucune. Bien que les femmes de kèkè se réunissent et dansent pour les funérailles de vieilles adeptes ou lors de cérémonies d’excision, elles sont particulièrement concernées par les maladies liées à la sorcellerie. En effet, comme c’est le cas dans de nombreuses sociétés de femmes de la sous-région, la vocation de kèkè est principalement anti-sorcière et repose sur des séances de danse collective au cours desquelles certaines participantes seront possédées [2]. Chaque année, les femmes de kèkè se réunissent pour leurs otonion (sacrifices) destinés à honorer leur génie.

Note de l’éditeur : Maurice de Vlaminck, on le sait, a commencé à acquérir des sculptures vers 1905. Selon Charles Ratton, il ne cessa jamais d’acheter et de revendre, pour finir par amasser des pièces d’or dans lesquelles il plongeait les mains avec volupté. Ratton disait que cette statue avait été acquise par le peintre avant les années 1920 et qu’il l’avait gardée assez longtemps.

[1Berliner 2007.

[2Pour une description détaillée de ces séances, voir id. 2005.