Statue aux bras levés

Statue aux bras levés

Rouge d’une fine patine argileuse, cette statuette s’offre au regard du profane dans une posture
énigmatique, les deux bras tendus vers le ciel, une paume ouverte, l’autre à jamais fermée. Féminine, vêtue d’un simple pagne, elle présente une silhouette souple et cambrée, aux rondeurs généreuses. Masculine, elle porte une barbe soulignant sa mâchoire angulaire de part et d’autre d’un grand labret.

Trois bracelets ornent chacun de ses poignets et de ses bras, tandis qu’un collier de perles plates habille sa poitrine. Ce bijou apotropaïque, baptisé collier de « korte », serait composé d’amulettes renfermant les versets du Coran [1]. Étrangement, l’influence musulmane semblait ainsi s’exercer sur cette sculpture appartenant pourtant à une famille stylistique attachée au village animiste de Tin Tam, situé sur un piton à l’est du plateau dogon [2]. Tout comme sa jumelle conservée au Rietberg Museum de Zurich, cette figure féminine aux bras tendus vers le ciel s’inscrit dans une gestuelle familière des sculptures soninke, tellem et dogon. Ordinairement interprétée comme une supplique au dieu Amma pour qu’il accorde la pluie, source de vie, cette attitude reste pourtant muette de sens. En effet, selon Jean-Louis Paudrat, il serait hasardeux de conférer une « signification unifiante » aux sculptures de cultures historiquement différentes ou méconnues, malgré l’indéniable parenté de leur iconographie [3]. En outre, trop peu de documents visuels ou descriptifs témoignent aujourd’hui de la présence en des lieux votifs de statues aux bras ainsi levés [4]. Cette statuette est considérée par les Dogon comme un dége, un objet sculpté anthropomorphe dont la dimension esthétique émeut celui qui l’observe ou l’a commandé. En effet, les statuettes dogon semblent n’avoir personnifié un ancêtre qu’après la disparition de leur propriétaire, dont l’ancestralité devenait patente suite aux rites appropriés [5].

[1Leloup 1994, p. 176.

[2Ibid., p. 175.

[3Paudrat 1994, p. 64.

[4Ibid.

[5Bouju 1995, p. 233.