Piège à sorciers ?

Piège à sorciers ?

Récolté dans le nord du Ghana, cet objet tout à fait exceptionnel par l’élégance de sa forme, sa facture soignée et son ancienneté manifeste semble pouvoir s’inscrire dans la catégorie des artefacts destinés à lutter contre les sorciers. De nombreux auteurs ont approché le phénomène de la sorcellerie africaine, donnant une image assez précise des modalités d’action attribuées aux sorciers et des procédures adoptées pour les contrecarrer. Considérés comme des « mangeurs d’âmes », les sorciers se réunissent en brousse durant la nuit pour s’offrir mutuellement les doubles (l’âme) des victimes capturées et en dévorer les principes vitaux. Pour ce faire, chacun d’eux se métamorphose en oiseau et approche ainsi sa proie – presque toujours un membre de sa famille – lors du sommeil, moment où l’âme se sépare du corps.

Seul un désensorceleur, voyant-guérisseur ayant le même pouvoir de métamorphose, peut contrer leur force. Ses pratiques s’appuient sur la puissance des herbes associée à celle du métal, élément qui a la faculté d’anéantir les maléfices. Son support de lutte est un objet métallique, enrichi d’un surplus de figurations hétérogènes destinées à en gribouiller l’aspect, point d’appui particulier vers lequel son double, sous forme d’oiseau, attire le double du sorcier.

Ces instruments « pièges », confectionnés sous différentes formes, ont tous en commun la représentation d’un caméléon et d’un ou de plusieurs oiseaux se faisant face. Synonyme du concept de transformation pour le caméléon et de celui de franchissement pour les oiseaux, leur figuration associée symbolise la force commune à deux formes de pouvoir égales et opposées, maléfique et bénéfique, dont la permutabilité reste toujours ouverte.

La cage en métal reproduite ici possède tous les éléments susceptibles de répondre à la fonction de « piège à sorciers », mais cela n’est qu’une hypothèse ; l’unicité de l’objet autant que son origine fort vague ne permettant pas de le replacer dans son contexte naturel, nous sommes tenus à la réserve.