Cette sculpture est l’un des grands chefs-d’oeuvre créés par le génie ouest-africain – du point de vue esthétique comme sur le plan technique pour obtenir l’association de plusieurs couleurs métalliques. Elle porte de plus un message iconographique complexe qui reste encore à déchiffrer.
Le personnage exprime les principaux caractères stylistiques de la culture du delta intérieur du Niger à l’époque médiévale. Le regard intense est rendu par des yeux en amande dont le globe oculaire en fort relief est cerné par une triple paupière. Le nez est droit, les lèvres perpendiculaires au visage et projetées vers l’avant. Le bas du visage se termine par une barbe abondante et soigneusement taillée. Le front est ceint d’un bandeau triple avec un rectangle lisse au centre. Une coiffure tripartite majestueuse achève de conférer à cet homme un rôle social particulièrement important. Mais l’artiste, pour communiquer le symbole essentiel contenu dans l’objet, joue sur une forte disproportion des bras dressés vers le ciel avec les mains placées paume de face et pouces parallèles tendus [1].
L’importance du geste est soulignée par des manches richement ornées de broderies, entrecoupées au niveau du visage par un triple rang de bracelets. Sous le personnage, un registre rectangulaire montre un entrelacs de fibres comparable à une vannerie. Il est encadré par deux montants symétriques en cuivre rouge – haches de combat ou outils agricoles aménagés en récade.
La perfection atteinte par les orfèvres maliens dans la pratique de la fonte à la cire perdue s’exprime ici par l’association de plusieurs métaux fondant à des températures différentes. L’élaboration de l’oeuvre nécessite au moins trois étapes. Les parties latérales en cuivre (fusion à 1 084 °C) sont d’abord réalisées. Elles sont ensuite associées à la confection du moule enfermant la sculpture en cire pour la partie centrale et le bronze est coulé à son tour. Puis sont incrustés à chaud une soixantaine de clous en cuivre et en argent ou en étain. Il s’agit sans doute de l’oeuvre qui donne l’image la plus impressionnante de la complexité du système social et intellectuel de l’empire du Mali entre le XIIe et le XVIe siècle.
[1] Cette posture est identique à celle que l’on retrouve sur certaines statues en bois dites de style djenneke ou soninke.