Objet rituel

Objet rituel

Exemples exquis d’un art de la fonte voué à figurer des « puissances » d’origine royale, les anciens bronzes gan étaient associés aux cultes rendus à l’esprit des membres décédés de la famille princière, reconnus par la coutume comme protecteurs spirituels du royaume.

Chacun d’eux jouissait d’une devise rappelant un événement important de son existence et d’une figuration symbolique qui, reproduite sur les différents types de supports rituels, conférait à chaque objet « l’identité sacrée » nécessaire à sa fonction.

Le répertoire des objets en métal issus de ce « lexique plastique » qui a dirigé le processus créatif de la société en déterminant l’unicité de ses supports cultuels rassemble tant des représentations univoques, souvent animalières, emblème d’entités anciennes, que des figurations complexes, formées de différents éléments signifiants, dont l’association est censée traduire la nature composite des cultes qui, au fil des âges, ont été intégrés au système religieux hiérarchisé de ce petit royaume burkinabé.

L’objet ci-contre en est un exemple remarquable. Désigné par le terme générique de sin túrifã, qui sous-entend sa forme composite, il est associé à un culte rendu par des prêtres Sua nommés par le roi.

Le motif des trois serpents partageant le même corps traduit l’origine commune des matriclans issus de la princesse Nyasè-Pósó, benjamine de la famille royale, dont la descendance féminine fut, au fur et à mesure, exclue de la lignée dynastique Farma, groupe exogame, pour fonder les clans Sua, Khama et Thãama nécessaires aux échanges matrimoniaux. Élevée au rang de puissance protégeant la cohésion du règne, sa devise dit : « Elle est apparue assise dans un nid de tisserins, tenant à la main la chaîne de la souveraineté. » Le couple d’oiseaux-gendarmes (Ploceus cucullatus), qui trône ici sur le serpent, est son emblème, et sa figuration symbolise la nature dédoublée de cette entité honorée comme « mère putative » par tous les rois et par tous leurs alliés.