Insigne

Insigne

La posture hiératique du personnage en bronze assis sur un siège de cérémonie répond aux autres signes figurés de pouvoir qu’il arbore. Il s’agit, d’une part, d’une coiffure biconique complexe constituée d’un double bandeau de grosses perles surmonté d’une couronne à créneaux. D’autre part, un poignard à garde ajourée, dans son fourreau, est porté au bras gauche. La main droite tient ce qui se révèle être, par
comparaison avec une oeuvre rigoureusement semblable conservée au Metropolitan Museum de New York, le manche d’une lance ayant perdu son armature.

D’autres éléments de parure attestent l’importance de cette personnalité : un lourd pendentif en forme de sablier, une large ceinture, des bracelets incisés au bras et aux poignets.

Le visage, montrant des yeux en amande et en relief entourés de paupières simples, un nez droit ainsi que des lèvres parallèles, correspond sans équivoque au style de la statuaire du delta intérieur du Niger. La bouche entrouverte symbolise la parole qui ordonne. Le torse est nu, avec les seins apparents, les côtes signalées par de fines gravures (alors qu’elles sont figurées en relief sur l’oeuvre de New York). Le ventre
suggère un léger embonpoint. Sous le nombril saillant, une fine ceinture soutient un cache-sexe trapézoïdal décoré de bandes de tissu brodées de lignes en zigzag. Le fait qu’il existe au moins une autre sculpture à l’iconographie rigoureusement identique et du même style renforce l’interprétation de cet objet comme conférant à son porteur l’investiture du pouvoir central de l’empire du Mali. Les populations connaissent les visages des chefs locaux constituant la hiérarchie de leurs villages et de leurs clans. Mais elles peuvent ignorer ceux des représentants de l’administration de l’empereur, incarnée par les gouverneurs de province (farin), juxtaposés aux
aristocraties traditionnelles depuis le XIVe siècle, d’après l’historien arabe Ibn Battuta. Cet insigne, soigneusement élaboré sur le plan technique comme au niveau de l’iconographie, peut constituer une preuve de leur charge officielle aux yeux de tous.

Note de l’éditeur : Cet objet (mutilé) et celui très semblable qui se trouve aujourd’hui
au Metropolitan Museum of Art de New York étaient en 1987 dans les mains d’un antiquaire new-yorkais. Le Met acquit celui qui était complet et un moulage de la tête fut fait pour remplacer celle de notre sculpture, brisée au niveau du cou.