Insigne de pouvoir

Insigne de pouvoir

Situé au sommet d’une tige de fer ornée d’anneaux de bronze, ce groupe de personnages en bronze est disposé sur un socle rectangulaire associé à un cône décoré servant d’embout de fixation. La scène est organisée à partir d’un sujet central : un cavalier tenant les rênes de la main droite, la gauche étant libre.

Il porte une coiffure faite de deux cônes emboîtés. Il semble précédé par deux hommes d’armes à pied et suivis par un autre cavalier tenant les rênes de la main gauche et dont la main droite maintient un casse-tête appuyé sur l’épaule. Ce dernier est coiffé d’une crête de trois spirales jointives. Les traits stylistiques essentiels de cette œuvre concernent les yeux, figurés par des demi-sphères entourées d’une
paupière circulaire en relief, pour les humains comme pour les chevaux. Les oreilles sont également circulaires. Les nez sont droits au-dessus de bouches ouvertes. Les jambes ne dépassent pas le ventre de la monture, qui est sellée.

Dans un article de synthèse publié en 1979 dans African Arts, Enzio Bassani reprend les observations effectuées sur le terrain, en Guinée-Bissau, par Avelino Teixiera da Mota en 1956 et 1963, sur de tels objets, nommés sono par les populations peules de cette région. Il s’agit, pour cet auteur, d’insignes de pouvoir politique et religieux, du moins avant la montée de l’islam, arborés par les chefs ou rois soninko. Les Soninko, dont la présence dans le pays est attestée par des textes portugais dès le XVIe siècle, sont des envahisseurs venus du monde mandingue à l’époque de la domination malienne.

D’autres sono1, montrent aussi des figurations féminines, des enfants et des chiens en relation avec le cavalier principal. Le fer porteur est souvent lui-même orné de têtes humaines en bronze. Il semble donc que sur des critères techniques – fonte à la cire
perdue qui n’est pas pratiquée en Guinée-Bissau –, et iconographiques – cavaliers, coiffure conique – l’on puisse rattacher ces objets à l’empire du Mali. En effet, il s’agit sans doute d’insignes portés par les représentants du gouvernement central pour faire
reconnaître leur fonction. Les rois locaux soninko auraient pu les adopter ensuite comme regalia pour légitimer leur pouvoir.