Grande coupe de Hogon

Grande coupe de Hogon

Une femme, assise sur son tabouret, pile le mil. Elle est juchée sur le couvercle d’une petite coupe de bois, chapeautant elle-même un second récipient bien plus profond, fardeaux de l’équidé qui supporte l’ensemble. Née du savoir-faire d’un forgeron sculpteur, savamment restaurée par ces mêmes mains habiles, cette coupe allie les lignes épurées d’une silhouette en ronde bosse à la géométrie d’un décor délicatement incisé, couvrant le double récipient.

L’ampleur des réparations indigènes révèle la volonté de préserver des outrages du temps cet objet sacré, intimement lié à la personne du Hogon ou ôgô, cet homme devenu aux yeux de sa communauté grand prêtre du Lêwê (ou Lèbè) [1], souverain spirituel et « ancêtre vivant [2]. » désigné par ses semblable en raison de son aînesse [3]. Prisonnier de sa charge comme de sa demeure, le Hogon figure, dans l’imaginaire collectif, un personnage assis, posture évoquant sa dignité, son autorité.

Étrangement, le tabouret sculpté sur cette grande coupe (ôgô banya) supporte une femme qui ne peut réellement piler le mil autrement que debout, avec élan. Selon Jean-Louis Paudrat [4], cette effigie féminine, se substituant au cavalier plus fréquemment perché au sommet des coupes de Hogon, transcrit la subtile ambivalence de la puissance prêtée au plus éminent responsable religieux. « Desservant des cultes agraires, sa nature est celle de la Terre, féminine lorsqu’elle est fertile, masculine lorsque, durant les longues semaines qui précèdent l’hivernage, elle n’est qu’aridité [5] ». Le piétement de la coupe évoque, lui, le destrier du Hogon, le Nommo [6].
Sculpté lors de l’intronisation du Hogon, ce récipient à l’iconographie complexe renferme la viande que le prêtre va partager avec ses commensaux. Parmi les rares et précieuses coupes sculptées dont l’ancienneté demeure incontestable, celle-ci se distingue encore par l’évocation de cette figure féminine que d’aucuns identifient comme l’épouse du Hogon.

[1É. Jolly (1998) définit le Lêwê comme une entité chtonienne incarnant la force fécondante de la terre, généralement représentée sous la forme d’un serpent.

[2Ibid

[3Il semble que seul le Hogon siégeant à Aru soit élu indépendamment de son âge à l’intérieur du lignage détenteur du pouvoir politique.

[4Paudrat 1994, p. 73.

[5Ibid.

[6Dans la mythologie dogon, le nommo est le génie de l’eau.