Figurines en alliage cuivreux

Figurines en alliage cuivreux

Ces trois figurines (les deux de gauche semblent sortir du même atelier) ont été acquises dans des
villes différentes d’Europe et des États-Unis, en plus de trente ans. On a parfois parlé à leur sujet d’art
« pré-dogon ». Les Dogon, forgerons, n’ayant jamais modelé de figurines en cire pour créer des statuettes d’alliage de cuivre fondu, il y a là une double
inexactitude. Ces figurines sont stylistiquement
proches des céramiques « de Djenné ».

Dans une étude très pertinente [1], Bernard de Grunne
a montré que l’adjectif « djennenke », récemment
forgé pour désigner l’un des styles du delta intérieur,
était absurde, la ville de Djenné ayant été
créée vers le XIIe siècle de notre ère par des musulmans
désireux de réagir contre les pratiques païennes
de l’ancienne Djenné (Djenné Jeno). Dès le
début, Djenné abrita des ressortissants de groupes
multiples : Bozo, Somono, Bambara, Peul, et Soninko.
Il ne peut donc y avoir une forme d’expression artistique
« djennenke ».

Le même de Grunne s’est appuyé sur de nombreux
travaux antérieurs pour attribuer aux Soninko (sing.
Soninke) les sculptures anthropomorphes en terre cuite
ou en métal présentant les caractéristiques
suivantes, par rapport à l’aspect plus géométrique,
plus anguleux de la statuaire dogon : modelé souple
du corps, ventre protubérant, mains larges, bracelets
aux chevilles, poignets et haut des bras, et surtout
scarifications en relief entre l’oeil et l’oreille, pour les
nobles de certains de leurs clans, dont celui des
Kagoro. Les Soninko (appelés Sarakole au Sénégal,
et Marka par les Bambara) furent les fondateurs de
l’empire du Wagadu, que la pression almoravide
affaiblit dès le XIIIe siècle [2]. Lors de leur dispersion,
après cette date (et même avant selon d’autres
auteurs), certains de leurs clans vinrent s’établir sur
les rives du Niger. Le clan kagoro se fixa sur le plateau
de Bandiagara, voisinant avec les Dogon. Les
figurines (d’autel ?) ou amulettes « aux scarifications
 » peuvent raisonnablement leur être attribuées
et dater du XIVe au XVIIe siècle.

[1Grunne 2001.

[2Diallo 1993.