Cuillère

Cuillère

Les grandes cuillères en bois des Dan ou des We sont l’insigne distinctif de femmes mariées connues
pour la qualité de leur hospitalité, que l’on appelle Wunkirle, ou wa ke de. Une telle femme se distingue
dans son village ou son quartier par ses compétences à préparer un banquet et par sa générosité.

Une Wunkirle doit être une bonne agricultrice,
être dure à la tâche et avoir « le coeur sur la main ».
Hans Himmelheber et Wowoa Tame Tabmen [1]
racontent la vie d’une Wunkirle de Nyor Diaplay,
au Liberia. Monni Adams en donne une description
assez comparable chez les We, dans une région
limitrophe de Côte d’Ivoire. Posséder une grande
cuillère ornée est un honneur accordé à une
épouse travailleuse, dont on admire la générosité
lors des repas qu’elle offre aux amis et aux visiteurs.

Le manche comporte souvent une tête
sculptée de bélier, animal domestique qui symbolise
la force [2]. Les cuillères cérémonielles peuvent
varier considérablement, tant par la forme que par
les motifs : chez les Dan, le manche se termine par
une tête sculptée, généralement de femme, mais
parfois aussi de bélier, ou de buffle, deux animaux
domestiques que l’on abat à l’occasion des festins
et que la propriétaire de la cuillère offre aux
convives. Parfois, deux pattes servent de transition
entre le manche et la partie creuse. Pour les cuillères
à tête de bélier, il est presque impossible de distinguer
entre celles qui proviennent d’ateliers dan
ou we. Enfin, les grandes cuillères comportent
souvent des ornements qui représentent des insignes
de chef, ou encore des pendants composés de
lourds anneaux, qui sont aussi des décorations
remises aux femmes que l’on veut honorer.

Note de l’éditeur :
Cette cuillère faisait partie de la collection personnelle de René
Rasmussen. Il a accepté de la vendre en 1971 en remerciement
d’un petit service rendu.

[1Himmelheber 1960.

[2Lettre à Eberhard Fischer 13 juin 1990.