Couple de statues

Couple de statues

Abritées dans le thílduù, chambre sacrée de la maison où se déroulent les cultes lignagers, les statuettes dites thílkõtína sont destinées à « présentifier » la puissance des ancêtres. Réalisées toujours en couple dans l’attitude conventionnelle, debout, les bras le long du corps, ces effigies masculines et féminines ne représentent pas de façon évidente et univoque un « couple » d’ancêtres ; elles dépassent cette figuration pour être le creuset de principes opposés et agissants, inhérents à toute instance sacrée. L’homogénéité stylistique qui les caractérise autant que leur complémentarité contribuent à traduire plastiquement la dualité d’une puissance unique, reconnue comme sacrée, qui, capable aussi bien de protéger que de punir, d’obliger que d’accorder, se situe à la base même de la notion de thíl, d’ancêtre, protecteur spirituel de la lignée.

L’allure hiératique qui distingue ce type de représentation est, dans le couple ci-contre, intensifiée par la rigueur du modelé anguleux et saillant. Des affinités non négligeables ressortent avec le style des œuvres wiile les plus archaïques, comme la
géométrisation des volumes, la résolution en forme de cœur de la face concave, accentuée par l’avancée du menton pointu, et les grands yeux en amande aux paupières baissées qui ajoutent à l’orthodoxie de la figuration une impression d’austérité. D’autre part, les proportions générales, l’aplomb du corps massivement campé sur des jambes semi-fléchies, les bras adhérant au tronc, et notamment le détail de la bouche entrouverte sur une rangée de dents menaçantes, relèvent d’une conception nettement lobi de la représentation.

Ce couple de thílkõtína doit donc s’encadrer dans un sous-style composite lobi-wiile, d’ailleurs bien caractérisé, exemple remarquable de l’une des nombreuses « identités plastiques » qui reflètent l’enchevêtrement des différents groupes culturels
peuplant le « pays lobi » : Teese, Gan, Jãa, Pwa, Dagara-lobr, Wiile, Birifor et Lobi proprement dits.