Bobine de métier à tisser

Bobine de métier à tisser, attribuée au cercle du maître de Buaflé

Les galets de lisse sculptés par les Guro comptent parmi les objets d’art les plus raffinés d’Afrique occidentale. Appelés kono dans la langue locale, ils supportent, dans les métiers à tisser traditionnels, la bobine sur laquelle est tendu le fil relié aux lisses, que le tisserand soulève alternativement en appuyant sur les pédales. La bobine tourne sur une tige en fer verticale et se termine au sommet par un rétrécissement, souvent surmonté d’une petite tête. Cet élément, joliment ouvragé mais non essentiel, n’a d’autre fonction que d’apporter un plaisir esthétique au tisserand qui lui fait constamment face.

Chez les Guro, les tisserands travaillent dans le village, généralement à l’ombre des grands arbres. Leurs porte-bobines présentent une très grande variété de formes : ils peuvent être triangulaires ou en fer à cheval, avoir des contours arrondis ou anguleux.
Les cols sont rarement de simples cylindres ; ils portent à l’arrière des marques typiques de tatouage, souvent sur un renflement assez important. Les têtes sont en ronde bosse, mettant leur profil en valeur (alors que, dans la tradition baule, les visages sont aplatis, destinés à n’être vus que de face). Ces visages très délicats se caractérisent par des mâchoires bien marquées, un long menton, une bouche sans lèvres, un long nez souvent sans narines, un front arrondi et une coiffure en zigzag, faite de nombreuses nattes souvent rassemblées au-dessus de la raie par une imitation de bandeau en cuir. En dehors des têtes humaines, il existe tout un groupe de porte-bobines ornés de têtes d’animaux, de masques et même de figures entières.

Il est probable que ce type de galet de lisse ait d’abord été produit par des Mandes, puis, par l’intermédiaire d’ateliers de peuples voisins (Baule, Senufo, etc.), et finalement adopté par les Guro. Celui-ci est attribué au cercle du maître de Buaflé (centre du territoire des Guro). Nulle part en Afrique occidentale ces objets n’ont trouvé une telle variété de formes ni une telle délicatesse d’expression.