Masque-heaume

Masque-heaume

Qu’est-ce qu’un masque-heaume, en Afrique [1]  ? Il est fabriqué dans un bloc de bois taillé dans le sens de la hauteur, évidé à l’herminette ou, aujourd’hui, à la gouge, afin que la tête du danseur s’introduise totalement dans la cavité. Cet objet a presque toujours un rôle sacré, et ces oeuvres sont complétées de figures qui ornent le sommet. En voici un exemple magnifique, dû aux Senufo, chez lesquels un tel heaume apparaît avec un autre, formant une paire. Le couple de danseurs masqués, suivis d’aides et acolytes, de musiciens, fait le tour du village, parcourant placettes et ruelles, pour symboliser le lien entre les ancêtres morts et les habitants du bourg. Non pas pour des obsèques « normales ». Uniquement lors des « levées de deuil » (kuumo) de personnages importants, toujours des vieillards ou des hommes d’un âge certain, que toute une communauté, rassemblant parfois plusieurs villages, se doit d’honorer trois à quatre ans après leur décès.

L’étonnante particularité de la statue, dépourvue de bras, aux jambes tronquées, provient du fait que la construction d’un long cou en cylindre, orné de contours vifs en zigzags, a été également étendue au torse, lui aussi étiré vigoureusement, comme pour rehausser le visage, un peu condescendant, bien au-dessus des têtes des spectateurs lors des évolutions du danseur. Cet élément formel s’inspire-t-il du tissu torsadé qui entoure les corps des défunts ? Les Senufo que j’ai interrogés ont toujours refusé une telle interprétation.

En fait, en Côte d’Ivoire, l’un des signes de beauté, pour une femme, non seulement chez les Senufo, mais en d’autres régions, est de posséder un cou allongé, avec de légers plis que forme la peau, et que l’on peut doucement caresser. Ici, par le tour de force du sculpteur, ce même pli a été déployé en une répétition rythmique, une série vivante de contours sinueux, mais il a en outre été étendu au torse, en une cascade de représentations abstraites. Ce motif en anneaux à deux facettes est propre aussi à beaucoup de régions du Mali, et semble très ancien, puisqu’on le retrouve sur des terres cuites du delta intérieur du Niger et sur certaines statuettes bamana en bois.

[1] Voir Alain-Michel Boyer, « Masques-heaumes et masques-casques  », dans Boyer 2007a, p. 255-260.