Ce type de masque aux formes expressionnistes, évoquant à la fois la puissance de la nature par sa crête sagittale de gorille mâle et le mystère des esprits de l’au-delà par son visage marqué d’yeux tubulaires ou de paupières gonflées, intervenait, jusque dans les années 1960, dans les rites d’initiation satsi des adolescents chez les Kota de la région de l’Ivindo, dans le Gabon nord-oriental. La zone d’extension de ces masques va des Kota-Shamaye du nord d’Okonja aux Kota de Makokou et même certains Kwele-Mwesa des environs de Mékambo.
Ce masque est porté par un danseur qui l’enfile sur sa tête. Les rebords inférieurs sont attachés à un large support circulaire en rotin qui repose sur ses épaules, l’homme étant caché par une vaste cape de fibres de raphia retombant jusqu’à mi-jambe. Au plan sculptural, on remarque que l’artiste a délibérément recomposé la tête de l’entité mythique. Le visage est réduit à l’essentiel : deux orbites très creuses que surplombent des sourcils arqués au relief très accentué, en continuité avec le nez ; sous le nez, une petite bouche en croissant ; et des oreilles minuscules sur les tempes.
Associé quelquefois à d’autres masques, également impressionnants, tels le masque ehukulukulu à forme de chouette ou le masque mungunda, énorme dispositif de rotin, de pagnes et de plumes représentant un monstre aquatique et brandissant le couteau de jet musélé à tête d’oiseau, le mbuto ou emboli symbolisait l’emprise du monde de la forêt sur la vie des villageois. Au cours de l’initiation suivant la circoncision, les ba-kani (c’est-à-dire les notables et autres dignitaires des sociétés secrètes) révélaient aux néophytes que ces monstres n’étaient que des formes de bois ou de rotin destinées à effrayer les femmes et les enfants et à renforcer l’ordre social masculin.